L’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad

L’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus se situe à 33°18’17.3″N 44°25’41.7″E et 39 mètres d’altitude, dans le quartier al Karrada al-sharquiya, au carrefour des rues dakhel et Abo Noas.

La première pierre de l’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus de Bagdad a été posée en 1937. Elle a été consacrée le 3 Avril 1938.

L’église a été construite grâce à la donation des sœurs Mina, Térésa et Vergina, filles d’Anton Kasparkhan, en mémoire de leur frère, le défunt Raphaël Kasparkhan. En 2012, les 75 ans de la fondation de cette église ont été célébrés.

Cet édifice ne présente aucune des caractéristiques de l’architecture sacrée arménienne traditionnelle. C’est une église de type occidental à plan basilical, longue de 22 mètres et large de 10. L’emploi de la brique de terre cuite comme matériau de construction renseigne sur son caractère irako-mésopotamien. L’ensemble de l’édifice est parfaitement décoré et entretenu.


Photo : Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Façade. Avril 2018 © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA

Localisation

L’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus se situe à 33°18’17.3″N 44°25’41.7″E et 39 mètres d’altitude, dans le quartier al Karrada al-sharquiya, au carrefour des rues dakhel et Abo Noas.

 

Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Vue depuis la rue.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA

Sources de la présence arménienne en Irak

Les sources de la présence arménienne en Mésopotamie ont accompagné l’histoire des siècles dès l’Antiquité.  Au Ier siècle avant J.-C. l’Adiabène (dont Arbelès / Erbil fut la « capitale ») fut partie intégrante du Royaume d’Arménie de Tigrane II le Grand. Au tout début du IVe siècle, l’Adiabène était encore la marche méridionale de l’Arménie, devenue en l’an 301 le tout premier royaume chrétien de l’histoire. « Probablement aussi, il y eut vers 328-329 une entrevue entre les deux seuls souverains chrétiens de l’époque : l’empereur romain Constantin Ier et l’Arménien Tiridate III. Constantin Ier confirma le rôle de Tiridate III pour l’évangélisation de l’Orient. C’est ainsi que des missionnaires arméniens participèrent à l’évangélisation de la Mésopotamie et du royaume sassanide, comme le  relate l’historien grec Sozomène, vers 402 : « Ensuite, parmi les peuples voisins, la croyance progressa et s’accrut d’un grand nombre et je pense que les Perses se christianisèrent grâce aux importantes relations qu’ils entretenaient avec les Osroéniens[1] et les Arméniens (…) »[2] ».

Au XVIIe siècle de nouvelles communautés arméniennes s’implantèrent en Mésopotamie irakienne après que le Perse Shah Abbas Ier eût conquis Bagdad en 1623. Dans les toutes premières années du XVIIe siècle, le roi perse déporta la population arménienne de Djougha (ancienne cité arménienne du Nakhitchevan sur la rive nord de l’Araxe). 12000 Arméniens furent ainsi réimplantés dans la Nouvelle Djougha, aux portes d’Ispahan, afin de participer au développement de la nouvelle capitale de l’Empire perse séfévide. À la mort du Shah, les Arméniens de Perse connurent une période de troubles. Nombre d’entre eux se déplacèrent en Mésopotamie et s’installèrent notamment à Bassorah (sud de l’actuelle Irak), tandis que d’autres poursuivirent leu chemin jusqu’en Inde.

La reprise de Bagdad en 1638 par le sultan ottoman Mourad IV avec l’aide de soldats arméniens ottomans ouvrit un nouvel épisode de l’implantation arménienne à Bagdad. Tout au long de la domination ottomane et jusqu’au déclin de l’Empire au début du XXe siècle, les Arméniens développèrent leurs institutions, tant et si bien qu’au début du XIXe siècle ils étaient dit-on près de 90 000 en Irak[3].

Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman en 1915-1917 constitua une ultime et dramatique source migratoire des Arméniens vers la  Mésopotamie irakienne. Déportés des provinces orientales de l’Empire, venant du nord (Diyarbakır) le long du Tigre, de l’ouest (Ras-al-Aïn) le long de la ligne de chemin de fer allant d’Alep à Bagdad, mais aussi de Van en passant au préalable par la Perse, les Arméniens parvinrent dans certaines zones de relégation à Zakho, Havresk, Avzrok, mais aussi Mossoul, Bakouba et Kirkouk. À cet égard, il faut évoquer un tragique épisode. En janvier 1916 en 2 nuits seulement, 15000 déportés arméniens à Mossoul et dans ses environs furent exterminés, attachés 10 par 10, et jetés dans les eaux du Tigre. Déjà, bien avant ce carnage, dès le 10 juin 1915, le consul allemand à Mossoul, Holstein, télégraphia à son ambassadeur des scènes édifiantes :

«614 arméniens (hommes, femmes, enfants) expulsés de Diarbékyr et acheminés sur Mossoul ont tous été abattus en voyage pendant le voyage en radeau (sur le Tigre). Les kelek sont arrivés vides hier. Depuis quelques jours le fleuve charrie des cadavres et des membres humains (…)[4]»

Aujourd’hui, les Arméniens d’Irak sont pour la plupart des descendants des rescapés du génocide de 1915. Politiquement effacés, connus pour leur loyauté, ils développèrent leurs infrastructures éducatives, sociales et religieuses.

Très majoritairement membres de l’église apostolique arménienne (autocéphale depuis son origine en l’an 301), les Arméniens d’Irak comptent également nombre de catholiques ainsi qu’une petite communauté évangélique.

Après le renversement de Saddam Hussein en 2003, la situation s’est considérablement dégradée. Les attaques islamico-mafieuses contre les Chrétiens irakiens ont également visé les Arméniens et leurs églises. Le 1er août 2004, la cathédrale arménienne catholique Notre Dame du Rosaire, à Bagdad, dans le quartier de Karada, a été ciblée par un attentat à l’explosif.  Une église arménienne en construction à Mossoul a également été visée le 4 décembre 2004. Depuis près de 20 ans, l’émigration des Arméniens d’Irak est rythmée par ces différentes vagues de violence. La bataille de Mossoul au cours de l’été 2017 et l’intensité des bombardements a également affecté le patrimoine arménien. Avant 2003, il y avait vraisemblablement plus de 25 000 Arméniens en Irak, aujourd’hui les responsables communautaires parlent de 10000 à 13000 Arméniens en Irak. La moitié habiterait encore Bagdad. Les autres vivent au Kurdistan d’Irak, à Kirkouk, à Suleymanié ainsi qu’à Bassorah. Il n’y a plus d’Arméniens à Mossoul.

[1] Les Osroéniens sont les habitants d’Édesse. De son nom antique Osroé, Édesse fut une grande cité-capitale de l’Antiquité, avant de devenir un des plus grands centres de diffusion du christianisme dès l’époque paléochrétienne. La tradition arménienne rapporte que le roi d’Édesse et d’Arménie, Abgar V, voulut accueillir le Christ en son royaume, et lui fit parvenir un message à cet effet. Ce n’est pas le Christ qui vint à Édesse mais un de ses apôtres Thaddée (Jude). Édesse fut ensuite nommée Ourfa et demeura le siège d’une principauté.  Aujourd’hui la ville est nommée Şanlıurfa depuis 1984 (en Turquie).

[2] In « Arménie, un atlas historique », p.22 et carte p.23. Édition Sources d’Arménie, 2017.

[3] Source : Ambassade d’Arménie en Irak

[4] In « L’extermination des déportés arméniens ottomans dans les camps de concentration de Syrie-Mésopotamie ». N° spécial de la Revue d’Histoire Arménienne Contemporaine, Tome II, 1998. Raymond H.Kevorkian. p.15

Ararat : la montagne mythique des Arméniens. Arménie-Occidentale / Turquie orientale.
Juillet 2015 © Pascal Maguesyan
Carte d'Arménie dessinée par le Père Hyacinthe Simon, o.p.
© Fonds Mossoul. Archives de la Bibliothèque du Saulchoir (Province domincaine de France)
Carte du vilayet arménien de Van (Arménie ottomane)
© Fonds Mossoul. Inventaire IV 100.8.4.5. Archives de la Bibliothèque du Saulchoir (Province domincaine de France)
Carte d'Arménie au IVe siècle
© In "Arménie, un atlas historique", p.23, éditions Sources d'Arménie, 2017
Frontières politiques Sud-Caucase, Mésopotamie, Proche-Orient
© France-Arménie, 2008
Croquis du monastère arménien Hokots Vank du Père Jacques Rhétoré, o.p.
© Fonds Mossoul. Archives de la Bibliothèque du Saulchoir (Province domincaine de France)
Ruines du monastère arménien de Scantchelakordzi Vank. Adilcevaz, province de Van, Arménie-Occidentale / Turquie Orientale.
Juillet 2012 © Pascal Maguesyan

L’église arménienne catholique en Irak : démographie et organisation

En 1914, les Arméniens catholiques d’Irak étaient 300. Entre la fin de la première guerre mondiale et la chute du régime baasiste en 2003, la communauté catholique arménienne a atteint jusqu’à 3000 membres[1]. Depuis lors, la communauté catholique arménienne a diminué, en raison de l’insécurité et des persécutions antichrétiennes. En 2012, il y avait 1650 baptisés catholiques arméniens en Irak (Bagdad)[2].

L’archevêché arménien catholique de Bagdad a été fondé le 29 Juin 1954, alors que vivaient déjà en Irak plusieurs milliers d’Arméniens Catholiques. Cet archevêché est placé sous la juridiction du Patriarcat de Cilicie des Arméniens Catholiques, dont le siège est à Bzommar au Liban.

L’église catholique arménienne en Irak compte deux églises, à Bagdad : la cathédrale Notre-Dame de Narek (Notre-Dame du Rosaire) et l’ancienne cathédrale du Sacré Cœur de Jésus.

La Primature des Arméniens catholiques d’Irak est vacante depuis le décès de l’archevêque Emmanuel Dabbaghian, le 13 septembre 2018.

 

[1] Source ambassade d’Arménie en Irak

[2] Source http://boowiki.info/art/dioceses-catholiques-en-irak/archieparchie-de-bagdad-des-armeniens.html#goto-2

Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Tombes et stèles funéraires de fidèles arméniens catholiques.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Tombe et stèle funéraire de Michael Richard Kasper Khan.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA

Histoire de l’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus de Bagdad.

On sait qu’il existait une église primitive arménienne catholique à Bagdad depuis 1844.

La première pierre de l’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus de Bagdad a été posée en 1937. Elle a été consacrée par l’évêque Louis Batanyan le 3 Avril 1938.

L’église a été construite grâce à la donation des sœurs Mina, Térésa et Vergina, filles d’Anton Kasparkhan, en mémoire de leur frère, le défunt Raphaël Kasparkhan.

De nombreuses fêtes et célébrations importantes ont eu lieu dans cette église. En 2012, les 75 ans de la fondation de cette église ont été célébrés. Riche d’une longue histoire et de nombreux souvenirs, l’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus est toujours en activité, bien que la Cathédrale Notre-Dame de Nareg (Notre-Dame du Rosaire), juste à côté, soit plus souvent utilisée depuis son inauguration en 1998.

Chaque vendredi matin une messe est célébrée à l’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus. Des activités pastorales s’y déroulent pour préserver cet ancien édifice.

Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Dédicace de l'église gravée en arménien et en arabe. Première pierre posée en 1937.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Façade.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA

Description de l’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus de Bagdad

L’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus a été construite par l’ingénieur et designer Joseph bn Sirop Cécliyan.

Cet édifice ne présente aucune des caractéristiques de l’architecture sacrée arménienne traditionnelle. C’est une église de type occidental à plan basilical, longue de 22 mètres et large de 10. L’emploi de la brique de terre cuite comme matériau de construction renseigne sur son caractère irako-mésopotamien.

Étroite et élancée, l’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus présente une belle façade à colonnades et chapiteaux à deux niveaux, ornée de bas-reliefs de croix tréflées. Les portes et fenêtres sont en arcs plein cintre. Au dessus de l’entrée, sous un fronton triangulaire ouvragé, le tympan comporte la dédicace de l’édifice gravée sur une pierre en arménien et en arabe. Une rosace orne la partie supérieure de cette façade. La toiture à deux rampants est surmontée en façade d’un clocher-lanternon et d’acrotères aux extrémités. Une croix tréflée en pierre se dresse au sommet du lanternon.

On distingue trois entrées, une en façade et deux sur les côtés. L’église est surmontée d’une voûte en berceau. La nef et les bas-côtés sont séparés par de fines colonnes de marbre à chapiteaux. Le sanctuaire est séparé de la nef par un chancel de bois. Un beau maître-autel de marbre et statue du Christ est orienté vers le mur d’une abside semi-circulaire avec déambulatoire. Les bas-côtés convergents vers deux chapelles rayonnantes inscrites dans des absidioles et consacrées à Saint Joseph et la Vierge Marie.

L’ensemble de l’édifice est parfaitement décoré et entretenu.

Derrière l’église est aménagée une cure qui communique avec la sacristie.

L’église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus est entourée par les tombes des fidèles. Les tombes les plus importantes sont celles du père Boghos Sarkis et des fidèles qui participèrent à la construction de l’édifice.

Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Façade.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Façade.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Intérieur. Vue depuis la tribune.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Intérieur. Vue depuis la chœur.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Intérieur. Vue sur le sanctuaire depuis la nef.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Intérieur. Maître-autel (détail, partie basse).
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Intérieur. Maître-autel (détail, tabernacle).
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Intérieur. Autel de Saint Joseph.
Joseph. Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Intérieur. Autel de la Vierge Marie et tableau de sainte Rita.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA
Église arménienne catholique du Sacré Cœur de Jésus à Bagdad. Porte latérale.
Avril 2018. © Laith Basil Nalbandian / MESOPOTAMIA

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