La cathédrale Sayidat al Najatte (Notre Dame du Salut ou Notre Dame du Perpétuel Secours) de Bagdad

L’église-cathédrale Sayidat al Najatte (Notre Dame du Perpétuel Secours) se situe à Bagdad, la capitale irakienne, dans le quartier al Karadah al Sharquiya, à 33°18’25.49″N 44°25’34.28″E et 39 mètres d’altitude.

C’est en 1952 que fut construite l’église primitive Sayidat al Najatte, une modeste salle de culte, qui précéda l’érection de la cathédrale en 1968, au terme de 3 ans de  travaux. Le 31 octobre 2010 la plus terrible des attaques perpétrées contre les Chrétiens d’Irak fut commise dans l’église-cathédrale Sayidat al Najatte. Un commando de l’État islamique d’Irak formé de 5 extrémistes y perpétra un carnage qui fit 47 morts. Cet attentat engendra une prise de conscience dans le monde entier des exactions, menaces et persécutions infligées aux Chrétiens d’Irak par les groupes islamico-mafieux.


Photographie : Cathédrale Sayidat-al-Najatte de Bagdad. Portraits des victimes de l’attentat du 31 octobre 2010. Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Localisation

L’église-cathédrale Sayidat al Najatte (Notre Dame du Salut) se situe à Bagdad, la capitale irakienne, dans le quartier al Karadah al Sharquiya (Arkhetah), à 33°18’25.49″N, 44°25’34.28″E et 39 mètres d’altitude. L’édifice se trouve à 600 mètres du Tigre, sur sa rive orientale et à quelques centaines de mètres également du théâtre national.

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Fresque sur le mur de protection
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Fragments d’histoire

On signale une présence syriaque-catholique à Bagdad au XIXe siècle, mais la communauté syriaque-catholique de Bagdad s’est principalement formée au début du XXe siècle,  après les exactions et massacres génocidaires des communautés chrétiennes, arménienne et assyro-chaldéo-syriaques de l’empire ottoman en 1915-1917. D’autre part, nombre de Syriaques-Catholiques installés au nord de l’Irak, dans la province de Ninive et dans l’actuel Kurdistan d’Irak, quittèrent ces zones rurales et se déplacèrent vers Bagdad, attirés par l’urbanisation et le développement économique.

Dans la première moitié du XXe siècle, c’est en 1942 que fut fondée la première paroisse pour les Syriaques-Catholiques de Bagdad, dans l’ancien quartier chrétien de Aqued el Nassara. L’évêque de Mossoul venait y célébrer de temps en temps. Il fallut attendre 1952 pour qu’un évêque titulaire syriaque-catholique y soit installé, répondant ainsi à l’accroissement démographique de cette communauté confessionnelle.

Outre l’église-cathédrale Sayidat al Najatte construite en 1968, une autre église syriaque-catholique, Saint Joseph, fut édifiée à la même période dans le quartier de Mansour, suivie en 1982 de l’église Mar Behnam.

En tout, la communauté syriaque-catholique compte 4 églises dont une inusitée, celle d’Aqued el Nassara.

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Célébration de la journée mondiale du Malade.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Monseigneur Mar Ephrem Yousif Mansoor Abba, archevêque syriaque-catholique de Bagdad.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Célébration de la journée mondiale du Malade.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Histoire d’une construction

C’est en 1952 que fut construite l’église primitive Sayidat al Najatte, une modeste salle de culte, qui précéda l’érection de la cathédrale en 1968, au terme de 3 ans de  travaux. L’église primitive, adjacente, est devenue un espace de condoléances lors des  périodes de deuil.

La construction de la cathédrale Sayidat al Najatte devint indispensable car un grand nombre de familles chrétiennes, y compris syriaques-catholiques, déménagèrent du centre-ville de Bagdad, ancien et densément peuplé, vers le nouveau quartier de Karadah, moderne et attractif, qui devint progressivement le centre de gravité de la vie communautaire syriaque-catholique.

Dédiée à la Vierge Marie mère de Jésus-Christ, l’église-cathédrale Sayidat al Najatte (Notre Dame du Perpétuel Secours) fut consacrée le 17 mars 1968 par Monseigneur Youhanna Bakosse, évêque syriaque-catholique de Bagdad, en présence des évêques de toutes les communautés chrétienne de la capitale irakienne.

C’est un polonais, nommé Kafka qui en fut l’architecte-concepteur, assisté du bureau d’ingénierie Romaya pour les dessins techniques. Les travaux furent confiés aux entrepreneurs irakiens Victor Tapouni et Adnan Sajed.

Au premier regard, on devine tout de suite l’intention de l’architecte. Cette église-cathédrale ressemble à un bateau, dont la croix constitue le mât qui soutient une voile en forme d’arche. Le symbolisme évangélique est évident : La cathédrale Sayidat al Najatte est telle une barque qui transporte ses fidèles comme la barque où Jésus se trouvait en compagnie de ses disciples. « Notre église est une barque qui avance dans la mer du monde » résume ainsi Monseigneur Pios Cacha[1].

[1] Vicaire épiscopal des Syriaques-Catholiques de Bagdad et curé de la paroisse Saint Joseph de Mansour

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Parvis et église primitive.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Vue sur le quartier al Karadah.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Dans le quartier al Karadah.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Reproduction d'une grotte mariale.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. L'édifice en forme de bateau.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Le "mât" et l'arche de l'édifice.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Tableau représentant la symbolique architecturale de l'édifice.
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

31 octobre 2010 : une catastrophe

Le 31 octobre 2010 la plus terrible des attaques perpétrées contre les Chrétiens d’Irak fut commise dans l’église-cathédrale Sayidat al Najatte. Un commando de l’État islamique d’Irak formé de 5 à 15 extrémistes[1] y perpétra un carnage qui fit 47 morts (enfants, femmes et hommes dont deux prêtres, Thaïr Abdalla et Wassim Sabieh) ainsi que des dizaines de blessés. Des corps déchiquetés jonchaient le sol de toute part. Les murs étaient criblés d’impact de balles et de traces d’explosions. Une catastrophe inouïe[2].

Témoin de ce carnage, Monseigneur Pios Cacha, vicaire épiscopale des Syriaques-Catholiques de Bagdad, fut l’un des tous premiers  à entrer dans la cathédrale après l’intervention de forces antiterroristes. Il photographia un à un les 47 corps qui gisaient sans vie dans l’église.

Cet attentat engendra une prise de conscience dans le monde entier des exactions, menaces et persécutions infligées aux Chrétiens d’Irak par les groupes islamico-mafieux.

[1] Le nombre exact des membres du commando est indéterminé. En effet, profitant de la confusion, une partie des terroristes a pu s’échapper lors  de l’évacuation des blessés.

[2] Monseigneur Pios Cacha décrivit ce qu’il vit dans un livre de 666 pages qu’il remit au pape Benoit XVI le 12 Janvier 2012.

 

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Portraits des victimes de l'attentat du 31 octobre 2010.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Le père Thaïr Abdalla assassiné lors de l'attentat du 31 octobre 2010.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Le père Wassim Sabieh assassiné lors de l'attentat du 31 octobre 2010.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Fresque en mémoire des martyrs de l'attentat du 31 octobre 2010.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Fresque humaniste et fraternelle.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Une restauration expurgée de tout stigmate

Depuis lors, la cathédrale Sayidat al Najatte a été réhabilitée et même embellie afin de tenter de surmonter les traces du crime. Surmonter ne veut pas dire oublier, puisqu’un mémorial a été érigé dans une salle a côté de la cathédrale, où l’on peut plus particulièrement découvrir les objets de culte souillés ainsi que les objets souvenirs des pères Thaïr Abdalla et Wassim Sabieh.

De fait, l’église-cathédrale semble toute neuve. Sa réhabilitation décidée par l’archevêque de Bagdad Mathieu Shaba Matoka a été confiée à l’architecte Zeyad. Les travaux ont été mis en œuvre par Monseigneur Mar Ephrem Yousif Mansoor Abba, nommé archevêque de Bagdad en mars 2011. L’inauguration eût lieu le 14 décembre 2012, en présence de presque tous les patriarches chrétiens orientaux.

Concrètement, des boiseries recouvrent tous les piliers et toutes les parois internes. Les noms des martyrs ont été sobrement gravés dans le bois tout autour de la nef. La lumière naturelle passée par des filtres multicolores suggère une ambiance rayonnante. De grands lustres d’apparat remplissent l’espace visuel et lui confèrent sa magnificence. Une arche au dessus de l’autel reproduit (à l’intérieur) la voile du bateau (à l’extérieur).

Cette restauration est loin de faire l’unanimité. Rien ne permettrait spontanément de connaître l’histoire de l’attentat. Fallait-il ainsi laisser le sang des victimes comme un symbole de ce qui fut et de la grande fragilité du christianisme dans ce pays ? La question est insoluble.

Seul signe de cette rivière de sang, au sol, une ligne de marbre rouge part du pied de l’autel, traverse la nef et s’achève sur le parvis au pied des marches de la cathédrale.

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Intérieur de l'édifice réhabilité et rénové en 2012.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Parvis de l'édifice.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Mémorial des deux prêtres victimes de l'attentat du 31 octobre 2010.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Vêtement ensanglanté lors de l'attentat du 31 octobre 2010.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Tableau de la Vierge à l'enfant touché par balle lors de l'attentat du 31 octobre 2010.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Boiseries et enluminures après rénovation.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Intérieur de l'édifice réhabilité et rénové.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Lustres ajoutés lors de la rénovation de l'édifice.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Éléments d’analyse démographique

Avant l’attentat du 31 octobre 2010, l’insécurité était déjà très vive et progressive. Ceci étant, 5000 familles fréquentaient la cathédrale Sayidat al Najatte, 7000 familles à Mar Behnam, et 2000 familles à  Saint Joseph. En tout cela représentait environ 14 000 familles syriaques-catholiques à Bagdad[1].

Depuis l’attentat, la saignée démographique est incessante. En 2018, il n’y aurait pas plus de plus de 1000 familles dans ces 3 églises de la communauté syriaque-catholique de Bagdad.

Inexorablement cet exil se poursuit parce que la peur demeure. L’attentat à Sayidat al Najatte est un traumatisme non surmonté d’autant plus vif qu’une telle catastrophe semblait inimaginable.

 

[1] Source Monseigneur Pios Cacha

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Des membres ce la communauté syriaque-catholique sur le parvis de l'édifice.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Une fidèle syriaque-catholique lors de la célébration de la journée mondiale du Malade.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Œuvres à découvrir

Sur l’arche qui surmonte l’autel dans le chœur de l’église on peut apercevoir un tableau de la Vierge Marie (Notre Dame du Perpétuel Secours), les mains ouvertes en forme de supplication, qui porte en son cœur son fils, le Christ Sauveur. Cette œuvre n’a subit aucune dégradation lors de l’attentat du 31 octobre 2010, ce qui est perçu par beaucoup comme un miracle. Il s’agit d’une œuvre dessinée par le prêtre chaldéen Mikhael Oufi à Rome en 1904. Cette toile ornait autrefois un des deux autels latéraux de l’église syriaque-catholique de l’ancien quartier chrétien de Bagdad, Aqued al Nassara.

On peut également apercevoir dans la coupole au dessus du chœur une mosaïque en carreaux de faïence représentant le couronnement de la Vierge tenant dans ses bras l’enfant-roi.  Cette œuvre a été réalisée en 1994 par un artiste musulman.

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Tableau de la Vierge et du Christ Sauveur, épargné lors de l'attentat du 31 octobre 2010.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Mosaïque du couronnement de la Vierge.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Le cimetière

Dans une crypte attenante à Notre Dame du Salut se trouvent des tombes de clercs et serviteurs de l’église, dont celles des deux prêtres tués le 31 octobre 2010.

Les autres tombes qui se trouvaient autrefois de part et d’autre du parvis de la cathédrale sont aujourd’hui recouvertes par une terrasse dallée. Sur le mur méridional de la cathédrale sont scellés les ex-voto des défunts.

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Crypte funéraire.
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Plaques funéraires des défunts sur le mur méridionnal de l'édifice.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Actualité

Samedi 10 février 2018, les Syriaques-catholiques de Bagdad ont célébré la Journée Mondiale du Malade, en la cathédrale Sayidat al Najatte. Elle était présidée par Monseigneur Yousif Mansoor Abba, archevêque des Syriaques-Catholiques de Bagdad.

La fête était splendide, l’affluence importante, la foi vibrante, les sourires généreusement partagés, la vie renouvelée. Rien ne pouvait laisser supposer qu’ici se produisit le pire. Et pourtant.

Au cours de la célébration, accomplie avec faste et solennité, tous les fidèles, à commencer par les malades, furent bénis avec le Saint Crème délicatement signé sur le front.

Au terme de la messe fut désigné dans la cathédrale la reine des patientes. En 2017, c’est une jeune femme handicapée moteur, Nour (ce prénom signifie lumière en arabe). Sa couronne qui embellissait son visage souriant fut offerte à la nouvelle reine, une personne lourdement handicapée psychique et physique.

Moment de partage inoubliable dans une ville, Bagdad, où les Chrétiens continuent de marcher sur une corde raide tendue entre deux rives.

Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Célébration de la journée mondiale du Malade.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Célébration de la journée mondiale du Malade.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Célébration de la journée mondiale du Malade.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Célébration de la journée mondiale du Malade.
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Le joli sourire de Nour lors de la célébration de la journée mondiale du Malade
Février 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad. Mur et barbelés de protection
Mars 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Documentaire radio de RCF sur la Cathédrale Sayidat al Najatte de Bagdad.

Cliquez sur le lien ci-dessous :


Contribuez à la sauvegarde de la mémoire des monuments.

Photos de famille, vidéos, témoignages, partagez vos documents pour enrichir le site.

Je participe