La tombe du prophète Nahoum

La tombe du prophète Nahoum se trouve à Alqosh,

à 36°44’18.0″N 43°05’46.1″E et 565 mètres d’altitude.

Elle incarne l’enracinement des communautés juives en Mésopotamie. Elle  révèle aussi l’origine juive des premières communautés chrétiennes locales.

Le mausolée de Nahoum est un édifice de pierres enduites, aujourd’hui partiellement en ruines.

Il s’agit formellement d’une synagogue, comprenant, en son centre la tombe du prophète, mais aussi, dans la cour intérieure, la tombe de Sara, sœur de Nahoum, ainsi qu’une école religieuse et un cellier.

L’édifice est aujourd’hui dans un état de fragilité extrême.

Localisation

À 40 kilomètres au nord de Mossoul et 10 km de la rive orientale du Tigre, la tombe de Nahoum se situe à 36°44’18.0″N 43°05’46.1″E et 565 mètres d’altitude, à l’extrémité nord de la ville d’Alqosh de la province de Ninive.

Le sanctuaire judaïque se trouve à 2 km à peine à l’ouest des monastères de Rabban Hormizd et de Notre-Dame des Moissons.

Il occupe un espace en pente douce, aménagé au pied du massif calcaire de la cité d’Alqosh, juste au dessus des églises chaldéennes de Mar Guorguis et Mar Miha.

La tombe du prophète Nahoum au nord d'Alqosh
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Nahoum, un prophète d’hier et d’aujourd’hui

Nahoum est connu dans la Bible comme le septième des douze petits prophètes. Il vécut au VIIe siècle avant Jésus-Christ. Plusieurs versions existent sur son lieu de naissance. On le dit originaire de la ville d’Elqosh en Galilée, mais les assyriologues penchent pour l’Alqosh de Mésopotamie.

Il n’apparaît que dans le livre de ses prophéties, le Livre de Nahoum, mais son rayonnement est immense. Ses écrits marquent profondément les peuples de Mésopotamie et tout particulièrement les Juifs et les Chrétiens pour plusieurs raisons. D’abord, c’est L’Éternel et lui seul qui s’exprime à travers le prophète. Ensuite, le récit dit la prochaine destruction de Ninive, capitale de l’Assyrie, la plus grande cité et le plus grand royaume du monde de ce temps : « Malheur à la ville sanguinaire, pleine de mensonge, pleine de violence, et qui ne cesse de se livrer à la rapine ! (N 3 :1)[1] […] Tous ceux qui te verront fuiront loin de toi, et l’on dira : ‘Ninive est détruite ! Qui la plaindra ?’ Où te chercherai-je des consolateurs ? (N 3 :7) ».

D’autre part, les Chrétiens de Mésopotamie sont issus pour partie des communautés juives locales et préservent ce lien très fort avec leurs racines et les traditions qui s’y rapportent. Enfin, le chaos qui s’est encore une fois abattu sur Mossoul, la plaine de Ninive et l’ensemble de la Mésopotamie fait écho à l’ancienne prophétie parce que si « L’Éternel est lent à la colère, il est grand par sa force ; il ne laisse pas impuni. (N 1:3) […] L’Éternel est bon, il est un refuge au jour de la détresse ; il connaît ceux qui se confient en lui. (N 1:7)».

[1] Toutes les traductions bibliques sont de Louis Segond, 1910

Extrait du livre de Nahoum gravé en hébreu sur un pilier de la tombe
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Aron Kodesh (Arche Sainte)
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Aux sources de l’identité juive d’Alqosh

La préservation de la tombe de Nahoum l’alqoshien, prophète de Ninive, constitue bien plus qu’un clin d’œil de l’histoire. C’est aussi et surtout le témoignage incontestable de l’enracinement de l’identité juive au cœur de l’antique Mésopotamie.

L’évangélisation et la christianisation d’Alqosh, qui passe pour avoir été l’une des plus anciennes cités chrétiennes du nord de l’Irak, ont en effet pris racine au sein de la communauté juive locale. Cette source identitaire est non seulement connue mais aussi clairement assumée par les Alqoshiens.

Cette justification des origines juives d’Alqosh est également inscrite dans la toponymie de la ville, qui fait notamment référence à l’existence antique d’un juif nommé Alqon. Enfin, les sources linguistiques assyrienne et hébraïque plaident la même provenance, puisque dans les deux cas, Alqosh signifierait « Dieu est mon arc ».

Là où le rayonnement de la chrétienne Alqosh repose sur la proximité des monastères de Rabban Hormizd et de Notre-Dame des Moissons, sa renommée juive est due à la survivance de la tombe du célèbre prophète juif Nahoum et de sa sœur Sara.

Sherzad Mamsani sur la colline au dessus de la tombe du prophète Nahoum
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Bougies votives
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

La tombe de Nahoum, un site ancien toujours vivant

L’ancienneté du mausolée de Nahoum est attestée de longue date. Une identification ancienne de la synagogue (et non pas de la tombe) de Nahoum l’alqoshien date du XIIe siècle, mais des éléments historiographiques permettraient aussi de la dater du Xe siècle. La restauration /reconstruction de l’actuelle synagogue est relativement récente. Elle date de la fin du XIXe.

Les voyageurs des siècles écoulés comme ceux du XXIe rapportent tous le même constat: « les habitants d’Alkoche prétendent posséder le tombeau du prophète Nahum et de sa sœur Sara[1] ».  Rien ne permet en effet d’attester l’authenticité de la tombe. Reste la tradition.

Benjamin de Tudèle, grand voyageur juif de Navarre du XIIe siècle, qui visita les communautés juives de Mésopotamie, évoqua dans sa Relation de Voyage la tombe de Nahoum « l’Élqoséen ».

Au XIXe siècle plusieurs explorateurs s’y rendirent : l’archéologue et diplomate britannique Austen Henry Layard la visita en 1849, le missionnaire anglican, George Percy Badger s’y rendit au cours de l’un de ses voyages en Mésopotamie, en 1850. « Un Chaldéen, qui en est le gardien (plus aucun Juif ne réside à Alqosh) nous montra l’intérieur de l’édifice, qui n’est rien de plus qu’une simple chambre, avec un toit plat supporté par plusieurs piliers. La tombe est presque au centre de la pièce et consiste en un cercueil, recouvert d’une étoffe verte et contenu dans un écrin de marbre ornemental. Sur la tombe j’ai vu plusieurs imprimés des prophéties de Nahoum et derrière sur le mur une longue inscription en hébreu. »[2].

Le géographe orientaliste Vital Cuinet rapporta comme ses prédécesseurs que « les israélites des environs y viennent en effet plusieurs fois l’an en pélerinage pour déplorer par leurs chants les malheurs de Sion[3]. » Autrefois, les Juifs y venaient nombreux, surtout 50 jours après la Pâque Juive. Aujourd’hui encore cette tradition se perpétue même si la fréquentation du site est beaucoup plus faible. Des membres de la communauté juive du Kurdistan d’Irak viennent de temps en temps se recueillir sur la tombe de Nahoum. Faute de résident juif à Alqosh, un gardien chaldéen d’Alqosh conserve la clé d’accès au mausolée.

[1] In La Turquie d’Asie -Tome Deuxième, Vital Cuinet, Paris, Ernest Leroux éditeur, 1891, p. 829.

[2] In Nestorians and their Rituals : with the narrative of a mission to Mesopotamia and Coordistan in 1842-1844, and of a late visit to those countries in 1850, Rev. George Percy Badger, London : Joseph Masters,1852.

[3] In La Turquie d’Asie -Tome Deuxième, Vital Cuinet, Paris, Ernest Leroux éditeur, 1891, p. 829.

Tombe du prophète Nahoum au nord d'Alqosh. Mezouzah sur le pilier droit de la porte d'entrée
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Que sont devenus les restes de Nahoum ?

En 1891, Vital Cuinet rapporta que « les reliques furent secrètement enlevées pendant la nuit, en 1883, et transportées dans une église chrétienne, à l’insu des israélites, qui continuent toujours à vénérer le tombeau vide[1]»

Les ossements de Nahoum, remplacés dans son mausolée par des os d’âne ou de mouton, auraient été placés dans l’église de Mar Miha d’Alqosh. De fait, dans l’église Mar Miha, on trouve un cartouche au bas du pilier droit[2] de la porte sainte qui indique en syriaque l’emplacement des reliques de Nahoum dans une jarre scellée dans la maçonnerie.

Tout récemment, en juillet 2017, Louis Djeuma, un habitant d’Alqosh et témoin oculaire nous raconta de vive voix ce qu’il vit en 1976 : « Les ossements de Nahoum furent extraits du pilier, puis placés dans une bouteille, replacée et scellée dans le pilier de la porte sainte, au même endroit que précédemment. »[3]  Cette information nous est apparue comme digne de foi. Reste à certifier l’authenticité des ossements attribués au prophète Nahoum. À défaut de science, c’est la tradition qui prévaut.

Mais pourquoi donc avoir volé les reliques de Nahoum ? La réponse est connue. Les Chrétiens d’Alqosh, très fortement attachés à la mémoire du prophète de Ninive, échouèrent à obtenir par voie judiciaire la propriété de la synagogue. Ils se résolurent donc à en voler les ossements. La communauté juive renonça, dit-on, à un procès en restitution, au risque de l’impureté probable des reliques restituées. Quoiqu’il en soit, la tradition locale prolonge les fondements historiques. Les ossements du mausolée sont toujours vénérés comme étant ceux de Nahoum.

[1] Id.

[2] À droite en regardant l’autel, mais à gauche en regardant la nef. Cette nuance explique sans doute que Jean-Maurice Fiey situa le cartouche de Nahoum à gauche de la porte sainte, dans son œuvre Assyrie Chrétienne.

[3] Témoignage filmé de Louis Djeuma, habitant d’Alqosh

Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Le gardien
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Le mausolée de Nahoum, une belle architecture en danger

Le mausolée de Nahoum est un édifice de pierres enduites, aujourd’hui partiellement en ruines. Il s’agit formellement d’une synagogue, comprenant, en son centre la tombe du prophète, mais aussi, dans la cour intérieure, la tombe de Sara, sœur de Nahoum, ainsi qu’une école religieuse et un cellier.

L’édifice est clôturé par un mur d’enceinte dont plusieurs pans (ouest, sud et est) sont effondrés.

Pour entrer dans le domaine, il faut passer, à l’ouest, par une petite porte rudimentaire en arc surbaissé, équipée d’un battant de tôle et fermée d’un simple cadenas.

La cour intérieure occupe un bon tiers de la surface totale. Au nord, à l’ouest et à l’est sont disposées les différentes chambres. La synagogue et son mausolée occupent la moitié sud du domaine.

Dans l’angle nord-ouest, est encore dressé le petit mausolée de Sara, sœur de Nahoum. C’est une pièce vide, fermée par un  très vieux battant de bois, sur une porte en plein cintre. Nulle inscription n’y semble visible.

De l’autre côté de la cour, à l’est, le long du mur d’enceinte sont encore dressés les bâtiments à deux niveaux de l’école. Rien ne permet aujourd’hui de restituer la vie qui régnait en ce lieu.

L’entrée de la synagogue se fait par un porche étroit, équipé d’une porte en pierres de taille dont les piliers sont surmontés d’un arc plein cintre. Les deux battants en zinc sont encore en place. Sur le battant droit se trouve un heurtoir en forme de main. Aujourd’hui encore la présence d’une mezouzah (étui cylindrique dans lequel est inséré un parchemin hébraïque) fixée sur le pilier droit de la porte signale la préservation de l’identité juive de cet édifice.

Immédiatement après l’entrée, il faut descendre 7 marches pour se retrouver dans la synagogue. Elle présente encore une belle architecture de pierres enduites. Les voûtes d’arêtes y sont portées par un ensemble des piliers carrés bas et solides dont le dessin d’ensemble « symbolise les 12 tribus d’Israël[1] ».

La tombe de Nahoum se dresse en son centre, fermée par une jolie grille en métal forgé, disposée entre les 4 piliers centraux sur lesquels sont encore visibles des inscriptions hébraïques lapidaires extraites du Livre de Nahoum. « Ces écrits sont exactement les mêmes que ceux de la Torah[2] ». Le tombeau du prophète, rectangulaire et proéminant, y est recouvert d’une étoffe verte.

Deux niches sont percées dans le mur ouest de la synagogue. L’une pour les rouleaux de la Torah, l’autre pour y déposer des bougies votives.

Ce qui marque aussi et surtout les esprits c’est l’état de ruines des murs sud et est de ce mausolée. Les cloisons sont effondrées. Les pierres amoncelées glissent vers la grille de la tombe. Un toit de tôle a été édifié au dessus du mausolée, mais il n’assure qu’une protection très relative. Il devait préfigurer une restauration qui n’est pas encore d’actualité. L’édifice est aujourd’hui dans un état de fragilité extrême.

[1] Source : Sherzad Mam Sani, représentant de la communauté de la région du Kurdistan d’Irak. Enregistrement vidéo. 20 Juillet 2017.

[2] Id.

Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. La cour intérieure et la synagogue
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Porte d'entrée du domaine
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh.L'ancienne école
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Le mausolée de Sara
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. L'entrée du mausolée de Sara
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Intérieur de la synagogue
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Le mausolée du prophète
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Arches, piliers et gravats des cloisons effondrées
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. Les gravats des cloisons effondrées et la porte sud
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe du prophète Nahoum d'Alqosh. La porte sud
Juillet 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

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