L’église Mart Mariam al Adra de Baashiqa

L’église syriaque-catholique Mart Mariam al Adra de Baashiqa se situe à 36°27′.04.9″N 43°20′.56.3″E et 343 mètres d’altitude.

L’église a été profanée lors de l’occupation de la ville par daesh en 2016

La vieille église Mart Mariam al Adra a été construite au XIXe siècle, ce qu’établit une inscription sur pierre de 1856. Cette église a finalement été détruite. La nouvelle église Mart Mariam al Adra construite entre 1924 et 1932 est attestée par une plaque gravée à l’intérieur de l’édifice.

Vue de l’extérieur, son architecture est élégante. C’est une église basilicale à simple nef étroite et élancée, surmontée d’une toiture plane à balustrade. À l’ouest s’élève une belle tour-clocher de façade.

Localisation

L’église syriaque-catholique Mart Mariam al Adra de Baashiqa[1] se situe à 36°27′.04.9″N 43°20′.56.3″E et 343 mètres d’altitude, à 21 km au nord-est de Mossoul, 10 km au nord de Bartella, 30 km au nord de Qaraqosh (Baghdeda) et 60 km au nord de la confluence du Tigre (à l’ouest) et du Grand Zab (à l’est).

On est ici au cœur de la Mésopotamie, dans la plaine des  Syriaques, marquée au long des siècles de son empreinte confessionnelle syriaque–orthodoxe et syriaque-catholique. Baashiqa est également un des grands pôles communautaires yézidi à l’est du Tigre. La ville est connue pour sa culture de l’olivier, mais aussi ses palmiers-dattiers et ses orangers.

L’église syriaque-catholique Mart Mariam al Adra est située sur la même place et à côté de l’église syriaque-orthodoxe Mart Schmouni. Cette gémellité peut être interprétée comme un témoignage d’unité chrétienne.

[1] Plusieurs orthographes sont employées pour le nom de la ville. Dans son œuvre Assyrie Chrétienne, le savant dominicain Jean-Maurice Fiey écrivit« Bā‘šīqa ». Le géographe orientaliste Vital Cuinet  employa « Bahchika ». Le professeur de l’université de Toronto, Amir Harrak, spécialiste de langue et littérature syriaque et araméenne écrit « Ba‘šīqā ». Le professeur Christian Lochon, grand orientaliste arabophone, écrit « Bachiqa ». Pour cette notice nous retenons « Baashiqa » afin de souligner la prononciation double du « a ».

L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Fragments d’histoire et d’actualité

La tradition fait remonter la pénétration du christianisme dans la plaine de Ninive et la cité de Baashiqa dès la fin du IVe  siècle ou au début du Ve. Plus sûrement, les sources plaident pour une évangélisation au VIIe siècle.

Le géographe Vital Cuinet y dénombra 3000 habitants, à la fin du XIXe siècle, 2000 Chrétiens et 1000 Yézidis[1]. Dans le courant du XXe siècle, on  pouvait y dénombrer « 2566 habitants, dont 1517 sont yézidis, 258 musulmans et 791 chrétiens. Parmi ces derniers, les trois cinquièmes sont jacobites [syriaques-orthodoxes] et le reste syriens-catholiques[2]. » Au début du XXIe siècle, avant l’offensive de Daesh, Baashiqa était une ville de 10 000 habitants. Les Yézidis constituaient les 2/3 de la population[3]. Un important temple yézidi à coupoles subsiste à Baashiqa. C’est le temple de Saih Muhammad ar Radani, où se tient chaque année le premier vendredi d’avril, une grande fête communautaire.

Dans l’histoire chrétienne de la ville, une « école jacobite célèbre y fondée vers 630[4] ». Elle aurait compté jusqu’à 300 élèves, ce qui révèle le rayonnement de la tradition syriaque-orthodoxe dans la région, des siècles avant que n’y pénètre et ne s’y implante le catholicisme.

Baashiqa est également habitée par une importante communauté yézidie. Les musulmans y disposent également d’une petite mosquée.

La ville a été attaquée par daesh en décembre 2015. Pendant l’occupation de la ville et jusqu’à sa libération en novembre 2016, les combattants islamistes ont profané, souillé et saccagé les deux grandes églises de la ville, la syriaque-catholique Mart Mariam al Adra et la syriaque-orthodoxe Mar Schmouni.

Depuis la libération de la ville les habitants reviennent progressivement et contribuent au renouveau syriaque et yézidi de la plaine de Ninive et de la Mésopotamie.

[1] In La Turquie d’Asie, Tome deuxième, Ernest Leroux éditeur, Paris, 1891.

[2] In Assyrie Chrétienne, JM Fiey, p.461

[3] In Qaraqoche ou la disparition des chrétiens de la plaine de Ninive, Revue de l’Œuvre d’Orient, Christian Lochon, p.137

[4] In Assyrie Chrétienne, JM Fiey, p.462-463

L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa en 1945
© Juin 2017. Archives de Abouna Reskala Samani, chorévêque de l'église Mart Mariam / Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Ancien clergé de l'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa
© Juin 2017. Archives de Abouna Reskala Samani, chorévêque de l'église Mart Mariam / Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Anciens enfants de chœur de l'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa
© Juin 2017. Archives de Abouna Reskala Samani, chorévêque de l'église Mart Mariam / Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Photos variées dans l'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa
© Juin 2017. Archives de Abouna Reskala Samani, chorévêque de l'église Mart Mariam / Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Abouna Reskala Samani, chorévêque de l'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Description de l’église Mart Mariam al Adra

Il existait à Baashiqa une vieille église syriaque-catholique dédiée à Mart Mariam al Adra (la Sainte-Vierge) avant qu’une nouvelle église du même nom y soit construite en 1924-1932, ce qui n’est pas si rare en Irak mais qui entretient parfois une certaine confusion.

La vieille église Mart Mariam al Adra a été construite au XIXe siècle, à l’époque du patriarche Antoine Samhērī (1852-1864), ce qu’établit une inscription sur pierre de 1856[1]. Cette église a finalement été détruite. En lieu et place a été créé un bâtiment polyvalent comprenant un salon de réception et des espaces de rencontre et de prière. Comme un vestige de cette époque, l’inscription de 1856,  de 81  × 54 cm et constituée de 9 lignes, a été conservée et installée dans la maçonnerie de la nouvelle église Mart Mariam al Adra. Elle est encore visible de nos jours.

La nouvelle église Mart Mariam al Adra construite entre 1924 et 1932 est attestée par une plaque gravée et scellée dans la maçonnerie à l’intérieur de l’édifice. Cette inscription syriaque de 14 lignes commémore sa construction et sa consécration sous le patriarcat de Gabriēl Tappūnī. On peut notamment y lire : « Cette sainte église de la Mère de Dieu l’Immaculée Conception, a été construite en l’an 1924 grâce à la générosité de notre Saint Père Pie XI, pape de Rome (…)  Elle a été consacrée sous le saint Ignace Gabriēl Tappuni, en l’an 1932 du Christ.[2] »

Pour accéder à l’église Mart Mariam al Adra, il faut passer le porche d’entrée percée sur le flanc ouest du mur de protection du domaine religieux. Au fond de la cour dallée, se trouve la salle polyvalente où se situait autrefois l’ancienne église Mart Mariam al Adra.

La nouvelle Mart Mariam al Adra se trouve sur le côté méridional de la cour. Vue de l’extérieur, son architecture est élégante. C’est une église basilicale à simple nef étroite et élancée, surmontée d’une toiture plane à balustrade. À l’ouest s’élève une belle tour-clocher de façade sous laquelle se trouve l’une des deux entrées de l’église. S’il existe également une entrée nord, il manque cependant une entrée sud, comme cela exista autrefois.

À l’intérieur, la haute voûte en berceau de la nef unique est portée par un ensemble de piliers en marbre adossés aux murs et particulièrement inclinés vers l’axe central. À l’extrémité orientale de la nef, le chevet est formé d’un chœur relativement étroit que précède le sanctuaire dressé sur une tribune surélevée de deux  degrés. Derrière l’autel, l’abside cintrée est percée de fenêtres en ogives, assez typiques de l’architecture religieuse occidentale. La porte royale qui précède le sanctuaire est ici réduite à sa plus simple expression. Ouverture dans toute sa largeur et quasiment élevée jusqu’au sommet de la voûte, elle est formée d’un arc en ogive.

[1] In Recueil des inscriptions syriaques, Amir Harrak, p.374

[2] Id.p.376

Salle polyvalente construite à l'emplacement de l'ancienne église Mart Mariam al Adra
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
En bas, plaque commémorative de la construction de l'ancienne église Mart Mariam al Adra de Baashiqa en 1856
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Plaque commémorative de la construction de la nouvelle église Mart Mariam al Adra de Baashiqa en 1924
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Cour intérieure et clocher
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Le clocher
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Haut-relief décapité par Daesh de Mariam al Adra
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. La nef vue depuis l'autel
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Vitrail brisé par Daesh
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Vitrail brisé par Daesh
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

La profanation de l’église Mart Mariam al Adra

Au cœur du sanctuaire se dressait auparavant un bel autel de marbre à colonnettes et arceaux polylobés. Il a été saccagé par les djihadistes. La crédence a été pulvérisée.

Derrière l’autel, encastré dans le mur de l’abside, un joli tabernacle en marbre orné de pilastres et de moulures a été profané. Sa porte a été arrachée et les espèces éparpillées.

Ces destructions précises indiquent que les profanateurs connaissaient la symbolique mystique de l’autel d’où rayonne le Christ, ainsi que celle des espèces, présence véritable divine et charnelle du Christ. Ces destructions sont cependant vaines. Fondement du christianisme, la miséricorde autorise un perpétuel renouveau et la force spirituelle nécessaire pour reconstruire ce que les hommes démolissent.

L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. L'abside et l'autel détruit par Daesh
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. L'autel détruit par Daesh
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Restes de l'autel détruit par Daesh
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Obus de mortier tiré par Daesh au pied de l'autel
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Au premier plan l'autel détruit par Daesh et la nef de l'église au second plan
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
L'église Mart Mariam al Adra de Baashiqa. Le tabernacle profané par Daesh
Juin 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

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