L’église chaldéenne Mar Ichaya de Mossoul

L’église chaldéenne Mar Ichaya se situe à 36°20’52.20″N 43°07’52.57″E (vérifier) et 241 mètres d’altitude, dans le vieux Mossoul autrefois délimité par les remparts ottomans, tout près de la rive occidentale du Tigre, face à l’antique Ninive.

 

Fondée en 570 par le moine Ichoyab bar Qusré originaire de Ninive, l’église Mar Ichaya fut un couvent de l’église apostolique assyrienne de l’Orient (nestorienne) avant de devenir un siège épiscopal et une cathédrale nestorienne.

Au fur et à mesure, trois chapelles supplémentaires furent accolées à l’église Mar Ichaya : Mar Qouryaqos, Mar Guorgus et Mar Yohannan.

L’église Mar Ichaya resta propriété nestorienne jusqu’au XVIIIe siècle avant de passer à l’église chaldéenne à la toute fin du siècle. Son premier prêtre chaldéen fut un certain Mar Ichaya en 1795.

L’église Mar Ichaya est entourée de hauts murs de telle sorte que rien n’est apparent de l’extérieur. Les quatre églises de l’ensemble religieux Mar Ichaya sont alignées les unes à côté des autres, de la plus petite à la plus grande, du sud vers le nord.


Photo : Cour intérieure de l’église chaldéenne Mar Ichaya, en 1975 © In « Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive », Diaporama, 2018, Diapo 19, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.  

Plan monument

Localisation

L’église chaldéenne Mar Ichaya[1] se situe à 36°20’52.20″N 43°07’52.57″E (vérifier) et 241 mètres d’altitude, dans le quartier est du vieux Mossoul autrefois délimité par les remparts ottomans. L’église est accessible à l’est de la rue Nabi Guorguis, tout près de la rive occidentale du Tigre, face à l’antique Ninive, à 400 kilomètres au nord de Bagdad

[1] Ichaya peut s’orthographier également ainsi : Ichaïa, Îsha’yâ, Īšac

Plan des églises de Mossoul d'avant 1815, avec emplacement signalé en rouge de l'église Mar Ichaya
© In "Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane de 1516 à 1815", Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Mossoul-Ninive, 1983, p.93 A.

Aux origines de l’église chaldéenne

L’Église chaldéenne est une église catholique née au XVIe siècle d’un schisme au sein de l’Eglise de l’Orient.  En 1552, plusieurs évêques établis dans le nord de l’Irak, le sud de la Turquie et le nord de l’Iran[1] contestèrent la succession héréditaire du catholicos de l’Église de l’Orient Simon VIII. Ils élurent à Mossoul un autre patriarche, Yohanès Soulaqa, supérieur du monastère de Rabban Hormizd d’Alqosh, qui prit le nom de Jean VIII et qui se rendit à Rome pour y faire profession de foi catholique. Le 20 avril 1553, le pape Jules III le proclama patriarche de l’Église chaldéenne catholique « dont la naissance est dès lors officielle [2] ».

De retour dans l’Empire ottoman, il installa son patriarcat à Diyarbakır (sud-est de l’actuelle Turquie), à 400 kilomètres au nord-ouest du couvent de Rabban Hormizd. En conflit ouvert avec son rival Simon VIII, Yohanès Soulaqa fut arrêté, emprisonné et assassiné en 1555.

La fondation de l’église chaldéenne fut précédée un siècle plus tôt, en 1445, d’une déclaration d’union avec Rome des membres de l’Église d’Orient à Chypre, que le pape Eugène IV appelait déjà « Chaldéens ».

Jusqu’au XIXe siècle, ce schisme fut d’autant plus conflictuel qu’un grand nombre de fidèles de l’Église de l’Orient choisirent la communion avec Rome. Le siège de l’église chaldéenne fut transféré de Diyarbakır à Mossoul en 1830 avec l’élection au trône patriarcal du métropolite de Mossoul, Jean VIII Hormez, puis à Bagdad en 1950, sous Mar Joseph VII Ghanima.

Incontestablement majoritaires parmi 1 200 000 chrétiens irakiens estimés avant la première guerre du Golfe en 1991, les Chaldéens étaient 750 000 au dernier recensement en 1987, contre 300 000 Assyriens (Église de l’Orient et Ancienne Église de l’Orient). Toutes communautés confondues, les Irakiens chrétiens représentaient ainsi 8 % de la population du pays. En 2018 combien sont-ils ? Les informations recueillies par les correspondants de l’association MESOPOTAMIA confirment l’effondrement démographique dont parlent les communautés visitées. Il resterait bien moins de 400 000 Chaldéens en Irak répartis entre Bagdad, le Kurdistan, la plaine de Ninive et Bassorah. En fait, les calamités auxquelles les communautés chrétiennes ont dû faire face n’ont jamais cessé en Irak depuis son indépendance en 1933. Le début du XXIe siècle n’offrit aucun répit avec l’invasion américaine en 2003, le terrible embargo décrété par l’ONU et les violences et persécutions islamico-mafieuses qui ont ciblé les communautés chrétiennes depuis la chute du régime de Saddam Hussein.

Aujourd’hui, l’Église Chaldéenne est constituée d’une importante diaspora éparpillée sur les cinq continents: aux États-Unis, en Europe, en Australie, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en ex-URSS : notamment en Russie (Moscou, Rostov sur le Don), Ukraine, Géorgie (Tbilissi), Arménie (Erevan).

[1] Au XVIe siècle, l’Empire ottoman et la Perse.

[2] In « Histoire de l’Église de l’Orient », Raymond Le Coz, Cerf, septembre 1995, p. 328

Armoiries patriarcales de l'Église chaldéenne.
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Fragments d’histoire chrétienne de Mossoul

Mossoul « reste une métropole chrétienne[1] », ce qu’atteste l’ensemble de son histoire et de son patrimoine ancien et contemporain, en dépit d’une actualité catastrophique.

Si le premier évêché y est attesté en 554[2], il faut aussi tenir compte de la tradition apostolique paléochrétienne. « C’est ainsi que trois églises se glorifient d’avoir eu chacune pour fondation une maison où un apôtre aurait séjourné. L’église Sham’ûn al-Safa’ [construite pendant la période atabeg XIIe-XIIIe siècles] serait bâtie sur le lieu habité par Saint Pierre lors d’une visite en Babylonie et l’église de Mâr Théodoros se rattacherait au passage de l’apôtre Barthélémy. Quant à l’apôtre Saint Thomas en route vers l’Inde, la maison où il aurait reçu l’hospitalité devint église[3] ». C’est précisément l’église syriaque-orthodoxe Mar Touma (objet de cette notice).

La première église attestée à Ninive (aujourd’hui Mossoul-Est) date de l’an 570. On en trouve la trace dans la « Chronique de Séert ». Il s’agit de l’église Mar Isha’ya. De fait cela confirme la préexistence d’une communauté chrétienne. Au VIIe siècle l’église Mar Touma de la communauté syriaque-orthodoxe était également connue. Le monastère Mar Gabriel fut dès le VIIe siècle le siège d’une grande école théologique et liturgique de l’Église de l’Orient. C’est sur l’emplacement de ce couvent que fut édifié au XVIIIe siècle l’église al Tahira des Chaldéens[4].

Au long des siècles, au fur et à mesure des conciles et des conflits s’est constituée à Mossoul une multiplicité d’églises de toutes confessions, y compris arménienne et latine.

Parmi ces fragments d’histoire, citons notamment la conquête musulmane. Mossoul tomba en 641 et ses chrétiens devinrent des dhimmis, soumis aux droits (limités) et devoirs (contraignants) qu’impliquent leur appartenance confessionnelle. Ce statut perdura jusqu’au XIXe et fut aboli dans l’Empire ottoman en 1855. Malgré cette abolition, la dhimmitude des Chrétiens (et des Juifs) détermine encore aujourd’hui de facto les rapports confessionnels dans la vie publique et dans les mentalités dans presque tous les pays musulmans. Il est encore appliqué de jure (en Iran).

Aux XIIe et XIIIe siècles, en pleine période turque-seldjoukide, les dynastes Atabegs s’imposèrent dans toute la Mésopotamie irakienne et firent de Mossoul un haut lieu de pouvoir. A cette époque les Syriaques-Orthodoxes persécutés à Tikrit s’implantèrent dans la plaine de Ninive ainsi qu’à Mossoul, où ils développèrent leur communauté et fondèrent l’église Mar Ahûdêmmêh (Hûdéni). « A la fin du XXe siècle, à cause de l’inondation des sous-sol du quartier, l’église Mar Hûdéni, située bien en dessous du niveau du sol fut inondée et dut être abandonnée. Une nouvelle fut construite juste au dessus de l’ancienne. On a fort heureusement transporté et mis en évidence dans la nouvelle église la Porte Royale de style atabeg que le père Fiey qualifie de ‘joyau de la sculpture chrétienne du XIIIe siècle’. »[5]

Succédant aux Atabegs, le Mongol Houlagou Khan prit Mossoul mais épargna la cité de la destruction et des massacres qu’il commit à Bagdad en 1258, grâce « au très habile gouverneur de la ville, Lû’lû’, d’origine arménienne[6] ». Le siècle suivant fut néanmoins tragique. « Les persécutions chrétiennes atteignent leur paroxysme sous Tamerlan, dont les armées ravagent le Moyen-Orient dans les premières années du XIVe siècle et y exterminent les populations chrétiennes. Aucune chrétienté orientale n’ayant dû subir une entreprise d’éradication comparable, celle d’Irak peut à bon droit revendiquer la palme du martyre »[7].

En 1516, Mossoul tomba une première fois aux mains des Turcs ottomans, mais c’est au siècle suivant qu’ils établirent durablement et pour 4 siècles leur domination sur la Mésopotamie irakienne après la conquête de Bagdad en  1638 par le sultan Murad IV.

Mossoul au XVIe siècle fut un grand centre de rayonnement chrétien. C’est là  que se déroula le schisme de l’Église de l’Orient, avec l’élection de Yohanès Soulaqa en tant que premier patriarche de l’Église chaldéenne. Supérieur du monastère de Rabban Hormizd d’Alqosh, il prit le nom de Jean VIII et se rendit à Rome pour y faire profession de foi catholique. Le 20 avril 1553, le pape Jules III le proclama patriarche de l’Église chaldéenne catholique « dont la naissance est dès lors officielle [8] ». Après Diyarbakır (sud-est de l’actuelle Turquie) et avant Bagdad (en 1950), c’est à Mossoul, en 1830, que fut établit le siège de l’église chaldéenne, avec l’élection au trône patriarcal du métropolite de Mossoul, Jean VIII Hormez.

En 1743, les chrétiens de Mossoul participèrent activement à la défense de la ville pendant le siège de 42 jours que conduisit le Perse Nâdir Shâh qui avait au préalable pillé et ravagé la plaine de Ninive. Victorieux et reconnaissants le pacha de Mossoul  Husayn Djalîlî, « obtint un firman de Constantinople en faveur des églises de Mossoul[9] ».  En 1744 furent ainsi construites les deux églises al Tahira de Mossoul, l’une pour les Chaldéens, l’autre pour les Syriaques-Catholiques. D’autre part, les églises endommagées par les bombes furent restaurées.

Le XVIIe siècle marqua l’ouverture des missions latines en Mésopotamie irakienne. Les Frères Capucins ouvrirent leur première maison à Mossoul en 1636. Les Dominicains de la Province de Rome arrivèrent en 1750, suivis de ceux de la Province de France en 1859. Sous leur impulsion est construite la grande église latine Notre-Dame de l’Heure, « de style romano-byzantin, entre 1866 et 1873[10] », à qui l’impératrice Eugénie de Montijot, épouse de Napoléon III, offrit en 1880 la célèbre horloge qui fut installée dans le premier clocher-campanile construit sur le sol irakien. Depuis presque trois siècles, les membres de la Mission dominicaine de Mésopotamie, de Kurdistan et d’Arménie sont des acteurs, des experts et des témoins essentiels de l’histoire chrétienne irakienne et des périls auxquels font face les chrétiens du Proche-Orient.

Un point de rupture eût lieu en 1915-1918 lors du génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens de l’Empire ottoman. Nombre de rescapés s’installèrent en Mésopotamie irakienne et notamment à Mossoul où préexistaient des communautés chrétiennes. Au cours de cette période, en janvier 1916 en 2 nuits seulement, 15 000 déportés arméniens à Mossoul et dans ses environs furent exterminés, attachés 10 par 10, et jetés dans les eaux du Tigre. Déjà, bien avant ce carnage, dès le 10 juin 1915, le consul allemand à Mossoul, Holstein, télégraphia à son ambassadeur des scènes édifiantes: « 614 arméniens (hommes, femmes, enfants) expulsés de Diarbékyr et acheminés sur Mossoul ont tous été abattus en voyage pendant le voyage en radeau (sur le Tigre). Les kelek sont arrivés vides hier. Depuis quelques jours le fleuve charrie des cadavres et des membres humains (…)[11]».

La chute de Saddam Hussein en 2003 et le développement du fondamentaliste islamico-mafieux eurent un impact considérable sur l’effondrement démographique des communautés chrétiennes d’Irak, tout particulièrement à Mossoul. Le 1er août 2004, les attaques simultanées contre 5 églises de  Mossoul et de Bagdad constituèrent le point de départ de l’exode des Chrétiens de Mossoul vers les zones protégées de la plaine de Ninive, vers le Kurdistan d’Irak et vers l’étranger. Les années qui suivirent à Mossoul furent terribles. Les assassinats et kidnappings ciblés des Chrétiens accentuèrent l’exode. Le 6 janvier 2008, jour de l’épiphanie, puis le 9 janvier des actions criminelles visèrent plusieurs édifices chrétiens de Mossoul et de Kirkouk.

C’est dans ce climat terrifiant que fut enlevé Monseigneur Paulos Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul. « Le 13 février 2008, alors qu’il accueillait la  délégation de Pax Christi, dans l’église de Karemlesse, tout près de Mossoul, le prélat révélait avoir été menacé par un groupe terroriste quelques jours plus tôt : – ‘Ta vie ou cinq-cent-mille dollars, lui dirent les terroristes’. – ‘Ma vie ne vaut pas ce prix !’ leur a-t-il répondu. Un mois plus tard, le 13 mars, Monseigneur Rahho était retrouvé mort aux portes de la ville[12]. »

Entre juin 2014 et juillet 2017, Mossoul tomba aux mains des combattants islamistes de daesh. Les quelques 10 000 chrétiens qui résidaient encore dans la cité, virent leurs maisons frappées du signe Nazrani (Nazaréen, c’est à dire disciples de Jésus). Ainsi stigmatisés, ils furent sommés de se convertir à l’islam, de payer la djizia (l’impôt des dhimmis), ou de mourir. Ils fuirent la métropole massivement et en toute hâte, mais durent abandonner  leur patrimoine chrétien qui fut en grande partie pillé, vandalisé et profané. La bataille de Mossoul et les bombardements de la coalition internationale qui écrasèrent les combattants de daesh sous un déluge de feu, réduisirent en poussière certains des plus grands édifices chrétiens (et musulmans) de Mossoul.

 

[1] In « Entretien sur l’Orient chrétien », Jean-Marie Mérigoux. Éditions La Thune, Marseille, 2015, p.88

[2] In « Assyrie Chrétienne », vol.II, Jean-Maurice Fiey. Beyrouth, 1965. P. 115-116. Voir aussi « Mossoul chrétienne » de Jean-Maurice Fiey.

[3] In « Entretien sur l’Orient chrétien », Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 89

[4] In « Entretien sur l’Orient chrétien », Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 92-93

[5] In « Entretien sur l’Orient chrétien », Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 94

[6] In « Entretien sur l’Orient chrétien », Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 95

[7] In « Vie et mort des chrétiens d’Orient », Jean-Pierre Valogne, Fayard, Mars 1994, p.740

[8] In « Histoire de l’Église de l’Orient », Raymond Le Coz, Cerf, septembre 1995, p. 328

[9] In « Entretien sur l’Orient chrétien », Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 97

[10] In « Entretien sur l’Orient chrétien », Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 102

[11] In « L’extermination des déportés arméniens ottomans dans les camps de concentration de Syrie-Mésopotamie ». N° spécial de la Revue d’Histoire Arménienne Contemporaine, Tome II, 1998. Raymond H.Kevorkian. p.15

[12] In « Chrétiens d’Orient : ombres et lumières », de Pascal Maguesyan, Éditions Thaddée, septembre 2013, réédité janvier 2014, p. 260

Carte de la Mission dominicaine de Mésopotamie, Kurdistan et Arménie. Mossoul, siège de la Mission, est indiquée au centre de la carte
© Fonds Mossoul. Inventaire IV-N22-11-2. Archives de la Bibliothèque du Saulchoir (Province domincaine de France)
Carte de Ninive et Mossoul du géographe Carsten Niebuhr, 1766
© In "Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane de 1516 à 1815", Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Mossoul-Ninive, 1983, p.93 C.
Plan de situation de Mossoul (rive occidentale) et Ninive (rive orientale) avec délimitation de la vieille ville à l'intérieur des anciens remparts ottomans
© In "Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane de 1516 à 1815", Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Mossoul-Ninive, 1983, p.93 A.
Scène de rue à Mossoul en 1923. Photo Agence Rol
© Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (969)
Mossoul, la vieille-ville ravagée par la guerre.
Juin 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Mossoul, après la guerre.
Juin 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Histoire de l’église chaldéenne Mar Ichaya de Mossoul

Fondée en 570 par le moine Ichoyab bar Qusré originaire de Ninive, l’église Mar Ichaya fut un couvent de l’église apostolique assyrienne de l’Orient (nestorienne) avant de devenir un siège épiscopal et une cathédrale nestorienne de Mossoul « jusqu’au transfert de celle-ci à Meskinta au XIIIe siècle ».

Au fur et à mesure, probablement vers le XVIIe siècle, trois chapelles supplémentaires furent accolées à l’église Mar Ichaya : Mar Qouryaqos, Mar Guorgus et Mar Yohannan.

L’église Mar Ichaya resta propriété de l’église apostolique assyrienne de l’Orient (nestorienne) jusqu’au XVIIIe siècle avant de passer à l’église chaldéenne à la toute fin du siècle. Son premier prêtre chaldéen fut un certain Mar Ichaya en 1795.

Les 1500 ans de l’église Mar Ichaya ont été célébrés en 1970.  À cette occasion, le père Raho (futur archevêque de Mossoul) qui en fut le curé, rédigea une monographie de l’église.

Le British Museum possèderait un évangéliaire de 1683 de l’ensemble religieux de Mar Ichaya. Deux manuscrits de l’archevêché chaldéen de Mossoul portent également le nom de Mar Ichaya. L’un de 1720 et l’autre mentionne Bakos un prêtre du XVIIIe siècle.

 

Plan de l'église Mar Ichaya et ses églises annexes
© in "Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane de 1516 à 1815". Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p., Mossoul-Ninive, 1983, p.99, A.

Description de l’église chaldéenne Mar Ichaya de Mossoul

L’église Mar Ichaya est entourée de hauts murs de telle sorte que rien n’est apparent de l’extérieur. « À l’intérieur, c’est une oasis de silence et de pèlerinage historique au cœur du vieux Mossoul chrétien. »

Dans la chapelle Mār Quriāqōs on trouve une inscription datée de 1661 et qui indique que cette date fut celle de la restauration (voir d’une reconstruction complète) des quatre églises. On peut y lire « Ici se trouvent les reliques de Mār Gabriel du couvent supérieur : que sa prière nous accompagne, Amen (…) ». La pote royale du sanctuaire de l’église Mar Ichaya fut restaurée en 1796, ce qu’atteste au dessus une inscription écrite en chaldéen estrangelo.

Des fouilles entreprises dans l’église Mar Ichaya en mai 1983 révélèrent « sous des masses de plâtre » deux colonnes abbassides du XIIe siècle, dont celle de gauche est surmontée d’un chapiteau orné de motifs végétaux, au dessus duquel se trouve une pierre de réemploi portant une inscription chaldéenne. Ces fouilles ont également révélé des tombes et plaques funéraires de laïcs et de religieux avec des inscriptions arabes.

Les quatre églises de l’ensemble religieux Mar Ichaya sont alignées les unes à côté des autres, de la plus petite à la plus grande, du sud vers le nord.

Au sud, l’église Mar Yohannan, la plus petite, présente un plan basilical à trois nefs et arcades, de 13 mètres par 5. Cette église est considérée comme un joyau d’architecture chaldéenne. Une cour qui contient des tombes sépare l’église Mar Yohannan de l’église Mar Guorguis. Cette section est mononef de 20 mètres par 2. Au nord de cet édifice, l’église Mar Ichaya proprement dite présente un plan basilical à triple nef, quatre travées et un béma (tribune liturgique servant pour la liturgie de la parole), de 21 mètres par 9. À son extrémité orientale, au-delà de la porte royale, se trouve le maître-autel adossé à une abside semi-circulaire inscrite dans le plan d’ensemble et surmonté d’une coupole. Le bas-côté droit est très étroit : à peine 1,5 mètres de large. Il comporte dans le sanctuaire un autel secondaire, probablement Mar Qouryakos. Le sanctuaire du bas-côté gauche comprend un martyrion. Les portes des hommes et des femmes de l’église Mar Ichaya sont ouvertes sur la façade de nord de l’église.  Une porte est ouverte également sur la façade ouest dans l’axe de la cour. La partie sud de l’édifice est également ouverte par deux portes latérales.

Tout près de l’église, mais au bord du fleuve, se trouve un cimetière autrefois chrétien nommé cĪšōcdād, devenu musulman et renommé cĪšā Dadah.

 

 

 

 

 

Cour intérieure de l'église chaldéenne Mar Ichaya, en 1975
© In "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive", Diaporama, 2018, Diapo 19, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.
Un chapiteau découvert dans l'église Mar Ichaya, un peu avant 1975
© In "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive", Diaporama, 2018, Diapo 20, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.
Petit musée de l'église Mar Ichaya contenant des pièces archéologiques d'époque djalili et des plaques funéraires avec inscriptions arabes
© In "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive", Diaporama, 2018, Diapo 21, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.
Église annexe Mar Guorguis mitoyenne de Mar Ichaya
© In "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive", Diaporama, 2018, Diapo 22, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.
Église annexe Mar Yohannan au sud de Mar Ichaya
© In "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive", Diaporama, 2018, Diapo 23, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.
Entrée du baptistère de l'église Mar Ichaya
© In "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive", Diaporama, 2018, Diapo 24, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.
Le diaconikon (sacristie) réservée aux shammas (diacres)
© In "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive", Diaporama, 2018, Diapo 25, Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p.

Contribuez à la sauvegarde de la mémoire des monuments.

Photos de famille, vidéos, témoignages, partagez vos documents pour enrichir le site.

Je participe