L’église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne) de Mossoul

L’église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne) se situe à 36°20’39.36″N 43° 7’56.86″E et  237 mètres d’altitude, dans le vieux Mossoul autrefois délimité par les remparts ottomans, sur la rive occidentale du Tigre, face à l’antique Ninive.

Mentionnée pour la première fois dans un colophon de 1672, l’église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne)existait donc avant l’offensive des Perses en 1743. Sa restauration en 1744, autorisée par un firman ottoman fut sans doute  l’occasion inespérée d’une remise à neuf, voire d’une quasi reconstruction, ce qu’atteste le style architectural de l’édifice. Toutefois, la position de cette église dans le plus vieux quartier de Mossoul et sa situation quasiment enterrée, laisse à penser que sa fondation est probablement très ancienne, peut-être même vers le VIIesiècle.

En 2017 l’église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne) a été très sévèrement endommagée lors des bombardements contre daesh, tout comme les autres églises de ce quartier. Un projet de restauration est en cours.

Plan de l’église syriaque-catholique al-Tahira (l’ancienne) de Mossoul.

1: Autel. 8: Baptistère. 11: Portes. 13: oratoire

© in « Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane de 1516 à 1815 ». Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p., Mossoul-Ninive, 1983, p.117,A. 

Plan monument

Dénomination

L’église syriaque-catholique al Tāhirā de Mossoul est connue sous plusieurs appellations : Tāhirā des Syriens pour son appartenance confessionnelle, Tāhirā intérieure par opposition à la Tāhirā extérieure(syriaque-orthodoxe) située à l’extrémité nord du vieux Mossoul, et enfin Tāhirā l’ancienne par opposition à la nouvelle Tāhirā des Syriaques-catholiques.

Les églises syriaques-catholiques al-Tahira (ancienne & nouvelle) de Mossoul, bombardées en 2017
Juin 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Les églises syriaques-catholiques al-Tahira (ancienne & nouvelle) de Mossoul et l'église syriaque-orthodoxe al Tahira de Mossoul, bombardées en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Localisation

L’église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne) se situe à 36°20’39.36″N  43° 7’56.86″E et 237 mètres d’altitude, dans le quartier du Qala, près du carrefour de la rue Nabi Guorguis et de la route de Ninive, au cœur du vieux Mossoul autrefois délimité par les remparts ottomans, sur la rive occidentale du Tigre, face à l’antique Ninive, à 400 kilomètres au nord de Bagdad.

Elle se trouve au centre d’une place autour de laquelle se dressent plusieurs édifices chrétiens : la nouvelle cathédrale syriaque-catholique al Tāhirā qu’elle jouxte, la cathédrale syriaque-orthodoxe al Tāhirā, l’église apostolique arménienne, et enfin l’archevêché syriaque-catholique.

Plan de situation de Mossoul (rive occidentale) et Ninive (rive orientale) avec délimitation de la vieille ville à l'intérieur des anciens remparts ottomans
© In "Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane de 1516 à 1815", Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Mossoul-Ninive, 1983, p.93 A
Plan des églises de Mossoul d'avant 1815 (N°8 en bleu, al Tahira)
© In "Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane de 1516 à 1815", Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Mossoul-Ninive, 1983, p.93 A

Aux origines de l’Église syriaque-catholique

Si la tradition syriaque attribue l’évangélisation de la Mésopotamie à l’apôtre Thomas et à ses disciples Addaï et Mari, « il semble qu’en réalité l’introduction du christianisme remonte seulement au début du IIe siècle et qu’elle ait été l’œuvre de missionnaires judéo-chrétiens venus de Palestine[1] ».Ce christianisme mésopotamien se structura à Séleucie-Ctésiphon, sur les bords du Tigre, à 30 km au sud de Bagdad, où la tradition indique que Saint Thomas s’y arrêta au cours de son voyage vers l’Inde. C’est là, sur une colline du faubourg de Koghé, que fut bâtie la première église patriarcale de l’Église de Mésopotamie et que fut établit son catholicossat. Ce christianisme des origines de langue syriaque constitue encore de nos jours le socle commun des églises locales irakiennes et de leurs communautés qui en perpétuent l’héritage et la transmission.

Ce socle commun fut progressivement fractionné en une pluralité d’églises dès le concile de Nicée au IVesiècle et jusqu’au XXesiècle pour des raisons souvent bien plus géopolitiques que christologiques.

Ainsi, le premier concile œcuménique de Nicée, en 325, convoqué par l’empereur romain Constantin Ierse tint en l’absence des évêques de Perse, à l’exception de Jacques de Nisibe, car « il était impossible aux autres pasteurs, en période de guerre permanente ou presque, d’aller siéger dans une assemblée tenue en pays ennemi, convoquée par l’empereur romain et, qui plus est, présidée par lui.[2] ».Il faut dire quedès la conversion de Constantin Ierau christianisme, l’empereur sassanide Shapour II passa de la tolérance à la méfiance vis à vis des Chrétiens de Perse. Cette méfiance se mua en hostilité, les églises furent détruites et le clergé fut persécuté. « Le but de la persécution n’est pas d’anéantir les chrétiens, mais de les amener à apostasier, une fois la hiérarchie décimée.[3] »

Un siècle plus tard, en 431, le Concile d’Éphèse condamna le patriarche de Constantinople Nestorius défenseur des deux natures coexistant en Christ : l’une divine, fils de Dieu, l’autre humaine fils de Marie. Cette doctrine christologique fut jugée hérétique et Nestorius fut déposé. Les rivalités géopolitiques entre l’empire romain et l’empire perse sassanide aidant, le nestorianisme fut adopté dans la seconde moitié du Vesiècle par l’Église de l’Orient et se répandit ainsi en Mésopotamie, en Perse et jusqu’en Inde.

Vingt ans plus tard, en 451, au Concile de Chalcédoine, se déroula une nouvelle controverse christologique. Les Églises syrienne, égyptienne, éthiopienne et arménienne furent accusées de défendre une doctrine monophysite, selon laquelle la nature divine du Christ aurait absorbée sa nature humaine et que le Christ n’aurait en définitive qu’une seule nature, divine. Cette doctrine dénoncée aboutit à un nouveau schisme et les églises concernées, soucieuses de préserver leurs intérêts géopolitiques propres, devinrent autocéphales.

Au VIesiècle, le moine syrien Jacques Baradaï, réorganisa l’église syriaque. Après son ordination épiscopale, il entreprit un grand voyage dans toutes les régions syriaques pour ordonner nombre d’évêques, de prêtres et de diacres. C’est en son honneur qu’on qualifiera l’Église syriaque de  « Jacobite ».  Cette Église (orthodoxe) connut un schisme au XVIIIesiècle, en 1783, qui donna naissance à l’Église Syriaque-Catholique rattachée à Rome.

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[1]In « Vie et mort des chrétiens d’Orient. Des origines à nos jours », Jean-Pierre Valogne, Fayard, Mars 1994, p.737

[2]In « Histoire de l’église de l’Orient »,Raymond Le Coz, Le Cerf, Septembre 1995, p. 31.

[3]In « Histoire de l’église de l’Orient »,Raymond Le Coz, Le Cerf, Septembre 1995, p. 33.

Église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Gauche : Église apostolique arménienne. Centre : Nouvelle église syriaque-catholique al-Tahira. Droite : ancienne église syriaque-catholique al Tahira
Juin 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Fragments d’histoire chrétienne de Mossoul [1]

Mossoul « reste une métropole chrétienne[2] », ce qu’atteste l’ensemble de son histoire et de son patrimoine ancien et contemporain, en dépit d’une actualité catastrophique.

Si le premier évêché y est attesté en 554[3], il faut aussi tenir compte de la tradition apostolique paléochrétienne. « C’est ainsi que trois églises se glorifient d’avoir eu chacune pour fondation une maison où un apôtre aurait séjourné. L’église Sham’ûn al-Safa’ [construite pendant la période atabeg XIIe-XIIIe siècles]serait bâtie sur le lieu habité par Saint Pierre lors d’une visite en Babylonie et l’église de Mâr Théodoros se rattacherait au passage de l’apôtre Barthélémy. Quant à l’apôtre Saint Thomas en route vers l’Inde, la maison où il aurait reçu l’hospitalité devint église[4] ». Cette église est précisément l’église syriaque-orthodoxe Mar Touma.

La première église attestée à Ninive (aujourd’hui Mossoul-Est) date de l’an 570. On en trouve la trace dans la « Chronique de Séert ». Il s’agit de l’église Mar Isha’ya. De fait cela confirme la préexistence d’une communauté chrétienne. Au VIIesiècle l’église Mar Touma de la communauté syriaque-orthodoxe était également connue. Le monastère Mar Gabriel fut dès le VIIesiècle le siège d’une grande école théologique et liturgique de l’Église de l’Orient. C’est sur l’emplacement de ce couvent que fut édifié au XVIIIesiècle l’église al Tāhirā des Chaldéens[5].

Au long des siècles, au fur et à mesure des conciles et des conflits s’est constituée à Mossoul une multiplicité d’églises de toutes confessions, y compris arménienne et latine.

Parmi ces fragments d’histoire, citons notamment la conquête musulmane. Mossoul tomba en 641 et ses chrétiens devinrent des dhimmis, soumis aux droits (limités) et devoirs (contraignants) qu’implique leur appartenance confessionnelle. Ce statut perdura jusqu’au XIXeet fut abolit dans l’Empire ottoman en 1855. Malgré cette abolition, la dhimmitude des Chrétiens (et des Juifs) détermine encore aujourd’hui de facto les rapports confessionnels dans la vie publique et dans les mentalités dans presque tous les pays musulmans. Il est encore appliqué de jure(en Iran).

Aux XIIeet XIIIesiècles, en pleine période turque-seldjoukide, les dynastes Atabegs s’imposèrent dans toute la Mésopotamie irakienne et firent de Mossoul un haut lieu de pouvoir. À cette époque les Syriaques-Orthodoxes persécutés à Tikrit s’implantèrent dans la plaine de Ninive ainsi qu’à Mossoul, où ils développèrent leur communauté et fondèrent l’église Mar Ahûdêmmêh (Hûdéni). « A la fin du XXesiècle, à cause de l’inondation des sous-sol du quartier, l’église Mar Hûdéni, située bien en dessous du niveau du sol fut inondée et dut être abandonnée. Une nouvelle fut construite juste au dessus de l’ancienne. On a fort heureusement transporté et mis en évidence dans la nouvelle église la Porte Royale de style atabeg que le père Fiey qualifie de ‘joyau de la sculpture chrétienne du XIIIesiècle’. »[6]

Succédant aux Atabegs, le Mongol Houlagou Khan prit Mossoul mais épargna la cité de la destruction et des massacres qu’il commit à Bagdad en 1258, grâce « au très habile gouverneur de la ville, Lû’lû’, d’origine arménienne[7] ».Le siècle suivant fut néanmoins tragique. « Les persécutions chrétiennes atteignent leur paroxysme sous Tamerlan, dont les armées ravagent le Moyen-Orient dans les premières années du XIVesiècle et y exterminent les populations chrétiennes. Aucune chrétienté orientale n’ayant dû subir une entreprise d’éradication comparable, celle d’Irak peut à bon droit revendiquer la palme du martyre »[8].

En 1516, Mossoul tomba une première fois aux mains des Turcs ottomans, mais c’est au siècle suivant qu’ils établirent durablement et pour 4 siècles leur domination sur la Mésopotamie irakienne après la conquête de Bagdad en  1638 par le sultan Murad IV.

Mossoul au XVIesiècle fut un grand centre de rayonnement chrétien. C’est là  que se déroula le schisme de l’Église de l’Orient, avec l’élection de Yohanès Soulaqa en tant que premier patriarche de l’Église chaldéenne. Supérieur du monastère de Rabban Hormizd d’Alqosh, il prit le nom de Jean VIII et se rendit à Rome pour y faire profession de foi catholique. Le 20 avril 1553, le pape Jules III le proclama patriarche de l’Église chaldéenne catholique « dont la naissance est dès lors officielle [9] ».Après Diyarbakır (sud-est de l’actuelle Turquie) et avant Bagdad (en 1950), c’est à Mossoul, en 1830, que fut établit le siège de l’église chaldéenne, avec l’élection au trône patriarcal du métropolite de Mossoul, Jean VIII Hormez.

En 1743, les chrétiens de Mossoul participèrent activement à la défense de la ville pendant le siège de 42 jours que conduisit le Perse Nâdir Shâh qui avait au préalable pillé et ravagé la plaine de Ninive. Victorieux et reconnaissant le pacha de Mossoul Husayn Djalîlî, « obtint un firman de Constantinople en faveur des églises de Mossoul[10] ».  En 1744 furent ainsi construites les deux églises al Tāhirā de Mossoul, l’une pour les Chaldéens, l’autre pour les Syriaques-Catholiques (restauration, reconstruction pour cette dernière). D’autre part, les églises endommagées par les bombes furent restaurées.

Après le schisme de l’Église syriaque (orthodoxe jacobite) en 1783 et la création de l’Église syriaque-catholique, les Églises syriaque-orthodoxe et syriaque-catholique eurent un conflit sur la propriété et l’usage des églises. Ce conflit fut résolu à Mossoul par la construction de nouvelles églises, al Tāhirā et Mar Touma en 1862, et par la publication d’un firman (décret) ottoman en 1879 répartissant les biens et propriétés d’églises et monastères entre les deux confessions. Le premier évêque syriaque-catholique du diocèse de Mossoul fut Quorls Bchara Bhnam Akhtal (1760-1828).

Le XVIIesiècle marqua l’ouverture des missions latines en Mésopotamie irakienne. Les Frères Capucins ouvrirent leur première maison à Mossoul en 1636. Les Dominicains de la Province de Rome arrivèrent en 1750, suivis de ceux de la Province de France en 1859. Sous leur impulsion fut construite la grande église latine Notre-Dame de l’Heure, « de style romano-byzantin, entre 1866 et 1873[11] », à qui l’impératrice Eugénie de Montijot, épouse de Napoléon III, offrit en 1880 la célèbre horloge qui fut installée dans le premier clocher-campanile construit sur le sol irakien. Depuis presque trois siècles, les membres de la Mission dominicaine de Mésopotamie, de Kurdistan et d’Arménie sont des acteurs, des experts et des témoins essentiels de l’histoire chrétienne irakienne.

Un point de rupture eût lieu en 1915-1918 lors du génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens de l’Empire ottoman. Nombre de rescapés s’installèrent en Mésopotamie irakienne et notamment à Mossoul où préexistaient des communautés chrétiennes. Au cours de période, en janvier 1916 en 2 nuits seulement, 15000 déportés arméniens à Mossoul et dans ses environs furent exterminés, attachés 10 par 10, et jetés dans les eaux du Tigre. Déjà, bien avant ce carnage, dès le 10 juin 1915, le consul allemand à Mossoul, Holstein, télégraphia à son ambassadeur des scènes édifiantes: « 614 arméniens (hommes, femmes, enfants) expulsés de Diarbékyr et acheminés sur Mossoul ont tous été abattus en voyage pendant le voyage en radeau (sur le Tigre). Les kelek sont arrivés vides hier. Depuis quelques jours le fleuve charrie des cadavres et des membres humains (…)[12]»

La chute de Saddam Hussein en 2003 et le développement du fondamentalisme islamico-mafieux eurent un impact considérable sur l’effondrement démographique des communautés chrétiennes d’Irak, tout particulièrement à Mossoul. Le 1eraoût 2004, les attaques simultanées contre 5 églises de  Mossoul et de Bagdad constituèrent le point de départ de l’exode des Chrétiens de Mossoul vers les zones protégées de la plaine de Ninive, vers le Kurdistan d’Irak et vers l’étranger. Les années qui suivirent à Mossoul furent terribles. Les assassinats et kidnappings ciblés des Chrétiens accentuèrent l’exode. Le 6 janvier 2008, jour de l’épiphanie, puis le 9 janvier des actions criminelles visèrent plusieurs édifices chrétiens de Mossoul et de Kirkouk.

C’est dans ce climat terrifiant que fut enlevé Monseigneur Paulos Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul. « Le 13 février 2008, alors qu’il accueillait la  délégation de Pax Christi, dans l’église de Karemlesse, tout près de Mossoul, le prélat révélait avoir été menacé par un groupe terroriste quelques jours plus tôt : – ‘Ta vie ou cinq-cent-mille dollars, lui dirent les terroristes’. – ‘Ma vie ne vaut pas ce prix !’ leur a-t-il répondu. Un mois plus tard, le 13 mars, Monseigneur Rahho était retrouvé mort aux portes de la ville[13]. »

Entre juin 2014 et juillet 2017, Mossoul tomba aux mains des combattants islamistes de daesh. Les quelques 10 000 chrétiens qui résidaient encore dans la cité, virent leurs maisons frappées du signe Nazrani(Nazaréen, c’est à dire disciples de Jésus). Ainsi stigmatisés, ils furent sommés de se convertir à l’islam, de payer la djizia(l’impôt des dhimmis), de partir ou…périr.  Ils fuirent la métropole massivement et en toute hâte et durent abandonner leur patrimoine qui fut en grande partie pillé, vandalisé et profané. À ces destructions ciblées s’ajoutèrent celles de la bataille de Mossoul. Les bombardements de la coalition internationale qui écrasèrent les combattants de daesh sous un déluge de feu, réduisirent également en poussière certains des plus grands édifices chrétiens (et musulmans) de Mossoul.

[1]Chapitre fondé en grande partie sur les travaux de Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. qui vécut 14 ans en Irak, de 1969 à 1983, dans le cadre de la Mission dominicaine de Mésopotamie, de Kurdistan et d’Arménie, dont le centre était à Mossoul. Voir notamment deux des livres de Fr. Jean-Marie Mérigoux : « Va à Ninive ! Un dialogue avec l’Irak », Éditions du Cerf, Octobre 2000 ; et « Entretien sur l’Orient chrétien »,Éditions La Thune, Marseille, Juillet 2015.

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[2]In « Entretien sur l’Orient chrétien »,Jean-Marie Mérigoux. Éditions La Thune, Marseille, 2015, p.88

[3]In « Assyrie Chrétienne », vol.II, Jean-Maurice Fiey. Beyrouth, 1965. P. 115-116. Voir aussi « Mossoul chrétienne » de Jean-Maurice Fiey.

[4]In « Entretien sur l’Orient chrétien »,Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 89

[5]In « Entretien sur l’Orient chrétien »,Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 92-93

[6]In « Entretien sur l’Orient chrétien »,Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 94

[7]In « Entretien sur l’Orient chrétien »,Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 95

[8]In « Vie et mort des chrétiens d’Orient », Jean-Pierre Valogne, Fayard, Mars 1994, p.740

[9]In « Histoire de l’Église de l’Orient »,Raymond Le Coz, Cerf, septembre 1995, p. 328

[10]In « Entretien sur l’Orient chrétien »,Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 97

[11]In « Entretien sur l’Orient chrétien »,Jean-Marie Mérigoux. Editions La Thune, Marseille, 2015, p. 102

[12]In « L’extermination des déportés arméniens ottomans dans les camps de concentration de Syrie-Mésopotamie ». N° spécial de la Revue d’Histoire Arménienne Contemporaine, Tome II, 1998. Raymond H.Kevorkian. p.15

[13]In « Chrétiens d’Orient : ombres et lumières »,de Pascal Maguesyan, Éditions Thaddée, septembre 2013, réédité janvier 2014, p. 260

Mossoul centre après la guerre
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Histoire de l’Église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne) de Mossoul avant sa destruction.

« La première mention historique de cette église se trouve dans un colophon daté de 1672[1] ». L’édifice existait donc avant l’offensive et le siège des Perses en 1743, sans qu’il soit possible d’en déterminer réellement la date de fondation et l’état.  Parmi les éléments de datation, on peut faire évoquer la présence de pierres de réemploi dans l’iconostase sont possiblement du XIIe-XIIIesiècles[2]. « La position de cette église dans le plus vieux quartier de Mossoul fait penser à une fondation spécialement ancienne, peut-être vers le VIIesiècle. [3]»

D’autre part, « une inscription signale qu’en 1744, l’église fut restaurée après l’attaque des Persans[4]». Reste à déterminer la nature de cette restauration, laquelle, à la faveur du firman ottoman octroyé put être l’occasion inespérée d’une véritable remise à neuf, voire d’une quasi reconstruction. Cette hypothèse est confortée par l’architecture de l’édifice : « c’est bien à une église globalement de style Ğalīlīque l’on a affaire[5]. »

D’autres restaurations ont eu lieu successivement, d’abord en 1795 pour la Porte Royale, puis en 1809 ce qu’indique une inscription sur un pilier de la nef centrale, mais aussi en 1821 pour la Porte extérieure ouest de l’église.

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[1]In « Les églises et monastères du Kurdistan irakienà la veille et au lendemain de l’islam ». Thèse de Narmen Ali Muhamad Amen. Université de Saint-Quentin-en-Yvelines, 2001. P.270-273.

[2]Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p., in « Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane  de 1516 à 1815 », Mossoul, Ninive, 1983. P.112 et suivantes.

[3]Ibid.

[4]In « Les églises et monastères du Kurdistan irakienà la veille et au lendemain de l’islam ». Thèse de Narmen Ali Muhamad Amen. Université de Saint-Quentin-en-Yvelines, 2001. P.270-273.

[5]Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p., in « Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane  de 1516 à 1815 », Mossoul, Ninive, 1983. P.112 et suivantes.

Église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Juin 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Juin 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Description de l’église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne) avant sa destruction

L’entrée de l’église se fait par une cour plus basse que le niveau du sol. Elle se trouve de ce fait « à près de trois mètres au dessous du niveau actuel de la place[1] »  et en partie enterrée, ce qui atteste une fois de plus de son ancienneté.

L’église al Tāhirā se présente comme une basilique assyrienne d’environ 18 mètres de large, de l’entrée à l’ouest jusqu’au sanctuaire à l’est et de 24 mètres de large, de la chapelle Saint Jacques l’Intercis au sud jusqu’au baptistère au nord. Cette église est constituée de trois travées, séparées par quatre paires de colonnes et piliers très épais qui portent la voûte de l’édifice. L’accès au  sanctuaire se fait par 4 portes dont la porte royale.

Du sud au nord de l’édifice on distingue :

A. La chapelle Saint Jacques l’Intercis (le démembré) occupe la partie sud de l’édifice. Elle se présente comme une chapelle mononef d’environ 12 mètres de long, équipée d’un autel sous baldaquin relié au sanctuaire de la nef principale par deux portes latérales. Dans l’angle droit de la chapelle une niche est réputée contenir des reliques de Saint Jacques l’Intercis.

Cette chapelle ne dispose pas de porte d’accès extérieur. On peut s’y rendre en passant par l’intérieur de l’église proprement dite, ou bien en entrant par un petit narthex, au sud.

Certains auteurs ont employé le nom de la chapelle Saint Jacques l’Intercis pour désigner l’ensemble de l’édifice.

B. La nef principale ouvre sur un sanctuaire doté d’un maître autel sous baldaquin[2]. La grande porte royale qui sépare la nef du sanctuaire est équipée d’un portail en bois, qui n’est ouvert que lors des célébrations.

Au dessus de la porte royale, sont gravées dans le marbre ces deux lignes en arabe garšunī [3] :

Dieu, qui a sanctifié l’Autel des Anciens qui avait été fait par Moïse le premier des Prophètes, Sanctifie, par ta Miséricorde l’autel des Croyants, il deviendra pardon des pêchés pour les pêcheurs. 

En 1744, l’église de la Bienheureuse Marie, a été restaurée par les soins du SieurcIsā, et aussi de ceux des prêtres, des diacres et du peuple. Que le Seigneur leur donne récompense dans le Royaume des Cieux.

De part et d’autre de cette porte royale, deux lucarnes sont surmontées d’inscriptions en langue syriaque.

Dans cette nef principale se trouve un élément d’architecture exceptionnel. Les deux épaisses colonnes de droite qui s’y trouvent sont en effet « reliées par une étonnante iconostase de pierre (…) élevée en l’honneur de la Vierge Marie, protectrice de Mossoul en 1743 [4]». On y voit la Mère portant l’Enfant, dans un  style qui « fait penser aux plus vieilles miniatures des manuscrits syriaques.[5].

C. La porte royale est encadrée par deux portes latérales d’accès au sanctuaire. La porte sud ouvre spécifiquement sur le diaconicon et la porte nord ouvre sur un autel secondaire. Au-dessus de cette porte nord on peut lire deux inscriptions gravées en arabe garšunī en forme de petites rosaces[6].

D. Le bas-côté nord à l’extrémité de l’édifice renferme des tombes de prêtres et d’évêques et conduit à l’est sur un baptistère équipé d’une cuve octogonale sans inscriptions. Ce bas-côté se situe sous la rue qui sépare l’anciennede la nouvelleal Tāhirā.

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[1]Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p., in « Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane  de 1516 à 1815 », Mossoul, Ninive, 1983. P.112 et suivantes.

[2]In « Les églises et monastères du Kurdistan irakienà la veille et au lendemain de l’islam ». Thèse de Narmen Ali Muhamad Amen. Université de Saint-Quentin-en-Yvelines, 2001. P.270-273.

[3]Traductions Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p

[4]Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p., in « Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane  de 1516 à 1815 », Mossoul, Ninive, 1983. P.112 et suivantes.

[5]Ibid.

[6]Inscriptions complètes traduites par Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p., in « Les chrétiens de Mossoul et leurs églises pendant la période ottomane  de 1516 à 1815 », Mossoul, Ninive, 1983. P.112 et suivantes.

Entrée de l'ancienne église syriaque-catholique al-Tahira de Mossoul en 1975
© in "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive" (Textes & diaporama). Henri, Bernard, Jacques Mérigoux et Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Juillet 2018, p.59
Intérieur de l'ancienne église syriaque-catholique al-Tahira de Mossoul en 1975. Porte royale et porte droite
© in "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive" (Textes & diaporama). Henri, Bernard, Jacques Mérigoux et Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Juillet 2018, p.60
Intérieur de l'ancienne église syriaque-catholique al-Tahira de Mossoul en 1975. Sanctuaire
© in "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive" (Textes & diaporama). Henri, Bernard, Jacques Mérigoux et Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Juillet 2018, p.62
Intérieur de l'ancienne église syriaque-catholique al-Tahira de Mossoul en 1975. Icône de la Vierge Marie
© in "Monuments chrétiens de Mossoul et de la plaine de Ninive" (Textes & diaporama). Henri, Bernard, Jacques Mérigoux et Fr. Jean-Marie Mérigoux, o.p. Juillet 2018, p.61

Que reste-t-il de l’église syriaque-catholique al Tāhirā (l’ancienne) ?

Détruite lors des bombardements massifs sur le vieux Mossoul en 2017, l’église al Tāhirā (l’ancienne)est en ruines. Le toit s’est effondré, mais les colonnes et piliers restent dressés. Les pierres se sont amoncelées à l’intérieur de l’édifice, mais aussi dans la cour et sur le parvis. La porte royale et les portes latérales du sanctuaire n’ont pas été totalement détruites mais se trouvent très gravement endommagées.

Cette église est aujourd’hui l’objet d’un projet de restauration, pour lequel l’évêque de Mossoul, Mgr Petros Mouché, a confié la maîtrise d’œuvre à l’association Fraternité en Irak (comme elle le fit avec succès pour la restauration du martyrion de Mar Behnam et Sarah dans la plaine de Ninive).

Ce projet revêt un très grand intérêt patrimonial. Il permettrait en effet de redonner vie à une très ancienne église de Mossoul.

Pour l’architecte de Fraternité en Irak, Guillaume, « il reste des éléments intéressants, dont au moins deux des trois arcs entre la nef et le chœur, ainsi qu’un certain nombre de sculptures. Dans l’ensemble je pense qu’on peut reconstruire en gardant une majorité des éléments patrimoniaux intéressants qui doivent se trouver également dans les gravats[1]. »

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[1]Fraternité en Irak projette de reconstruire l’ancienne église syriaque-catholique al Tahira de Mossoul

Toiture effondrée de l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Porte royale et sanctuaire de l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Partie suéprieure de la porte royale de l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Porte latérale droite de l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Porte royale de l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Pierres et gravats dans l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Pierres et gravats dans la cour de l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Pierres et gravats dans la cour de l'église syriaque-catholique al-Tahira (l'ancienne) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Que reste-t-il de la nouvelle Tāhirā ?

Construite plus récemment, au XIXesiècle, la nouvelle cathédrale al Tāhirā était beaucoup plus grande et fonctionnelle que l’ancienne. Elle se trouve pratiquement totalement détruite. Éventrée, la nouvelleal Tāhirā est remplie de béton et de gravats. Il ne reste de visible de l’édifice qu’une partie de l’abside. Cet édifice ne semble pas présenter de projet de restauration et pourrait être dès lors totalement rasé.

Entrée de l'église syriaque-catholique al-Tahira (la nouvelle) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Galerie intérieure de l'église syriaque-catholique al-Tahira (la nouvelle) de Mossoul, bombardée en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Église syriaque-catholique al-Tahira (la nouvelle) de Mossoul, bombardée et détruite en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Église syriaque-catholique al-Tahira (la nouvelle) de Mossoul, bombardée et détruite en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Église syriaque-catholique al-Tahira (la nouvelle) de Mossoul, bombardée et détruite en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Église syriaque-catholique al-Tahira (la nouvelle) de Mossoul, bombardée et détruite en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Joseph Towaya (association Hammurabi) sur ce qu'il reste du toit de l'église syriaque-catholique al-Tahira (la nouvelle) de Mossoul, bombardée et détruite en 2017
Avril 2018 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

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