Église de la Résurrection de Bakhdida (Qaraqosh)

L’église de la Résurrection du cimetière de Bakhdida (Qaraqosh) se situe à 36°17’57.6″N, 43°22’21.3″E et 278 mètres d’altitude.

L’église de la Résurrection de Bakhdida a été consacrée le 16 février 2007. 6 ans plus tard elle a été détruite ! Daech a sans doute bombardé l’édifice le 9 octobre 2014.

L’église de la Résurrection se trouve au milieu d’un grand cimetière commun aux villes de Bakhdida, Karamlesse et Bartella. Elle avait une vocation œcuménique et pouvait être employée par toutes les confessions chrétiennes: syriaque-catholique, syriaque-orthodoxe, chaldéenne et arménienne.

La presque totalité des tombes disposées devant l’église ont été profanées.


Photo : Façade de l’église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh. Juillet 2019 © Ibrahim Lallo, Matty al Mache / MESOPOTAMIA

Localisation

L’église de la Résurrection (Al-Kyama, en arabe) de Bakhdida (Qaraqosh) se situe à 36°17’57.6″N, 43°22’21.3″E et 278 mètres d’altitude, à 3 km au nord du centre ville de Bakhdida.

À 30 km au sud-est de Mossoul et 80 km à l’ouest d’Erbil, Bakhdida est la plus grande ville de la plaine de Ninive, dans le disctrict d’al Hamdaniya,à 40 km en amont de la confluence du Tigre et du Grand Zab.

Si le nom de Qaraqosh, littéralement l’Oiseau Noir en langue turque, demeure encore abondamment employé, il ne faudrait surtout pas négliger son nom syriaque originel Bakhdida probablement « dérivé de Bet Khudaydad qui est à la fois sémitique (Bet) et perse  (Khudaydad) [et qui]signifie « la place, la maison donnée par Dieu »[1]dont l’usage semble redevenir primordial.

Au cœur de la bien nommée plaine des  Syriaques, Bakhdida renoue avec son empreinte spirituelle originelle et son statut de capitale mondiale syriaque-catholique qui était le sien avant l’offensive de daesh et la fuite de tous ses habitants dans la nuit du 6 au 7 août 2014. Depuis la libération de la ville en octobre 2016 et le retour des habitants depuis avril 2017, Bakhdida redevient progressivement un pôle géographique vital pour le renouveau syriaque et chrétien de la plaine de Ninive et de la Mésopotamie.

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[1]Source Jean-Marie Mérigoux, O.P., in « L’Orient chrétien dans l’empire musulman », Collection Studia Arabica III, Editions de Paris, 2005.

Vue satellite de l'église de la Résurrection (surlignée en noir et blanc) de Bakhdida et son cimetière
Septembre 2019 © Apple Plans (modifié)
Esplandade et église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Façade de l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Petite histoire chrétienne de Bakhdida

La tradition fait remonter la pénétration du christianisme dans la plaine de Ninive et la cité de Bakhdida (Qaraqosh) dès la fin du IVe  siècle ou au début du Ve. Plus sûrement, les sources plaident pour une évangélisation au VIIesiècle.  « Le village fut tout d’abord nestorien[1], puis vers 615, [il]devint monophysite[2]. Aux XIe et XIIe siècles beaucoup de Chrétiens de Tikrit qu’on voulait forcer à devenir musulmans, quittèrent leur ville et vinrent s’installer à Baghdédé. En 1743, les troupes de Nâdhir Shâh qui assiégèrent la région pillèrent Baghdédé et détruisirent les églises. C’est alors que les habitants du village se réfugièrent à Mossoul où ils participèrent à la défense de la ville [3] ». Ancien siège épiscopal syriaque-orthodoxe,c’est vers la fin du XVIIIe siècle que le village devint catholique.

La ville de Bakhdida (Qaraqosh) compte encore de nos jours plusieurs anciennes églises syriaques-catholiques et orthodoxes. Toutes ont été profanées, souillées, saccagées, voire incendiées par l’organisation État islamique, tout au long des 24 mois que dura l’occupation de la ville. Malgré les dommages et destructions endurées, certaines de ces églises résistent encore aux temps et aux envahisseurs et continuent de témoigner de ce lointain passé.

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[1]Nda : l’Eglise de l’Orient.

[2]Nda : syriaque-orthodoxe

[3]Source Jean-Marie Mérigoux, O.P., in « L’Orient chrétien dans l’empire musulman », Collection Studia Arabica III, Editions de Paris, 2005.

Eglise de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh et cimetière profané
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Façade de l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh.
Juillet 2019 © Ibrahim Lallo, Matty al Mache / MESOPOTAMIA
Mur latéral de l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh
Juillet 2019 © Ibrahim Lallo, Matty al Mache / MESOPOTAMIA
Abside éventrée de l'église de la Résurrection de Bakhdida.
Juillet 2019 © Ibrahim Lallo, Matty al Mache / MESOPOTAMIA
Gravats à l'intérieur de l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Intérieur de l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh, après enlèvement des gravats.
Juillet 2019 © Ibrahim Lallo, Matty al Mache / MESOPOTAMIA

Persistance d’un témoignage chrétien

Si la fiabilité des statistiques démographiques est problématique du fait des guerres successives, des déplacements de population permanents et de l’absence de recensement, on considère que 40 000 à 50 000 personnes vivaient à Bakhdida (Qaraqosh) avant l’offensive de daesh en août 2014. Il s’agissait à 90 % de populations syriaques-catholiques, et pour le reste chaldéennes, syriaques-orthodoxes et apostoliques-arméniennes. Il faut y ajouter des milliers de personnes déplacées (entre 5000 et 13 000), originaires de Bagdad et de Mossoul, arrivées à Bakhdida dès 2003 pour échapper aux crimes et délits des groupes islamico-mafieux nés de l’effondrement des structures de l’État irakien. Bakhdida qui passe pour avoir été exclusivement chrétienne avant 1980, a cependant vu arriver progressivement des familles musulmanes, dans le cadre de la politique d’arabisation de la plaine de Ninive mise en œuvre par Saddam Hussein.

Façade de l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Deux hommes se recueillent devant une tombe dans le cimetière profané devant l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Devant une tombe profanée, dans le cimetière de l'église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Histoire de l’église de la Résurrection du cimetière de Bakhdida

L’église de la Résurrection de Bakhdida se trouve au milieu d’un grand cimetière commun aux villes de Bakhdida, Karamlesse et Bartella.

Cette grande église a été consacrée le 16 février 2007 par Monseigneur Basile Georges Casmoussa, ancien archevêque syriaque-catholique de Mossoulet Monseigneur Michael Jamil, avec de nombreux prêtres des villes de Bakhdida, Karamlesse, Bartella et Baachiqa, en présence d’un grand nombre de fidèles et sous le patronage du patriarche syriaque-catholique d’Antioche et de tout l’Orient, Ignace Joseph III Younan.

L’église de la Résurrection de Bakhdida avait une vocation œcuménique. Elle pouvait être employée en effet par toutes les confessions chrétiennes : syriaque-catholique, syriaque-orthodoxe, chaldéenne et arménienne.

À l’aube du XXIesiècle, l’érection de l’église de la Résurrection devait symboliser non seulement le renouveau du christianisme dans la plaine de Ninive (comme la nouvelle église  Mar Behnām et Mart Sārah de Bakhdida consacrée en 2008) malgré la guerre et les persécutions, mais aussi un Manifestearchitectural de l’unité des Chrétiens.

Dédiée principalement aux célébrations des funérailles et aux autres cérémonies commémoratives, l’église de la Résurrection fut relativement peu employée, bien que s’implantèrent à Bakhdida des milliers de chrétiens déplacés de Bagdad et de Mossoul.

Cimetière de Bakhdida profané par daesh.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cimetière de Bakhdida profané par daesh.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Cimetière, allée, esplanade et église de la Résurrection de Bakhdida détruite par daesh.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

Actualité de l’église de la Résurrection du cimetière de Bakhdida

Dans la nuit du 6 au 7 août 2014, daech envahit la plaine de Ninive et la ville de Bakhdida, provoquant la fuite de 150 000 Chrétiens vers le Kurdistan d’Irak. Pendant les deux années d’occupation de Bakhdida, les combattants islamistes ont saccagé, pillé et incendié les maisons et les églises.

6 ans seulement après sa consécration, l’église de la Résurrection a été détruite. Des sources irakiennes locales affirment que daech a bombardé l’édifice le 9 octobre 2014. La toiture a été explosée. Il n’en reste que sa structure métallique. Le mur de façade et les murs latéraux sont encore partiellement dressés mais sévèrement endommagés. À l’intérieur, tout a été pulvérisé. Il ne reste que des gravats.

D’autre part, la presque totalité des tombes disposées devant l’église ont été profanées. Les statuettes mariales ont été décapitées, les portraits des défunts ont été jetés à terre et brisés, les portes des caveaux ont été enfoncées et des corps ont été extirpés.

Cimetière de Bakhdida profané par daesh.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe profanée dans le cimetière de Bakhdida.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Recueillement devant une tombe profanée dans le cimetière de Bakhdida.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Tombe profanée dans le cimetière de Bakhdida.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA
Statuette de la Vierge Marie décapitée dans le cimetière de Bakhdida.
Avril 2017 © Pascal Maguesyan / MESOPOTAMIA

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