Exposition Mesopotamia à l’Institut Français à Bagdad

À l’invitation de l’Institut Français d’Irak, l’association française MESOPOTAMIA et l’organisation irakienne de défense des droits de l’homme HAMMURABI, viennent de prendre part à la tenue d’une importante conférence sur le « patrimoine monumental chrétien et yézidi en Irak : état des lieux, protection, valorisation », lundi 14 Octobre 2019.

Une exposition inédite « Regard sur le patrimoine monumental chrétien et yézidi en Irak », présentée également à l’Institut Français, a été inaugurée à l’issue de cette conférence par son excellence, Monsieur Bruno Aubert, ambassadeur de France en Irak et son éminence, le cardinal Louis Raphaël 1er Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens. Cette exposition est visible à l’Institut Français d’Irak jusqu’au 27 octobre.

PRESENTATION

MESOPOTAMIA et HAMMURABI tiennent à remercier publiquement l’Institut Français d’Irak, son directeur Jean-Noël Baléo et son équipe et Bruno Aubert, ambassadeur de France en Irak, pour cet évènement couronné de succès, qui a mobilisé plus de 80 participants, parmi lesquels des représentants d’institutions et d’organisations civiles et religieuses en Irak, dans un contexte particulièrement sensible en Irak actuellement.

Partenaires dans la connaissance et la valorisation du patrimoine monumental des communautés chrétiennes et yézidies fragilisées par daesh, MESOPOTAMIA et HAMMURABI travaillent ensemble à la reconnaissance des droits patrimoniaux inaliénables comme partie intégrante des droits de l’homme.

Expression visible de l’enracinement, de la vitalité et malheureusement des catastrophes successives qui frappent ces communautés, ce patrimoine est aussi national et universel. Ferment de l’identité irakienne et de son pluralisme, ce patrimoine participe depuis des millénaires à l’histoire de la Mésopotamie et de l’humanité.

Héritières de la continuation de cet héritage, les communautés en danger, chrétiennes et yézidies, méritent respect et gratitude. Composantes indispensables de la société irakienne, ces communautés et leurs membres doivent bénéficier du plein exercice de leurs droits communautaires et individuels, sans discrimination ni atteinte à leur liberté de culte, à égalité de traitement avec tous les Irakiens. C’est à ce titre et dans ce cadre que leur patrimoine doit être protégé et valorisé.

LA CONFÉRENCE

La conférence sur le « patrimoine monumental chrétien et yézidi en Irak : état des lieux, protection, valorisation » à l’Institut Français d’Irak, à Bagdad, a réuni un panel de personnalités :

 

Bruno Aubert, ambassadeur de France en Irak ;

Monseigneur Louis Raphaël 1er Sako, cardinal, patriarche de l’Église catholique chaldéenne ;

Pascale Warda, présidente de l’Organisation Hammurabi des Droits de l’Homme ;

Pascal Maguesyan, cofondateur et chargé de mission de Mesopotamia ;

Narmin Ali Amin, archéologue, professeur à l’université Salaheddine d’Erbil, chercheur associée à l’Institut Français du Proche-Orient (IFPO) ;

Shukr Khudur Murad al Dakhi, historien et écrivain, représentant du Centre Culturel Yézidi de Lalesh à Sinjar ;

Saad Salloum, modérateur de cette conférence, professeur assistant à la Faculté des Sciences Politiques de l’Université Mustansiriya de Bagdad, cofondateur du Conseil Irakien pour le dialogue interreligieux (ICID).

 

Dans son discours d’accueil, l’ambassadeur de France en Irak, Bruno Aubert, a insisté sur la « feuille de route » qui doit guider notre action : « être présent et attentif au sort des minorités, les composantes de l’Irak. C’est une feuille de route pour la diversité. »

 

Pascal Maguesyan, représentant de Mesopotamia a rappelé les origines de cette association, créée avec le concours de la Fondation Saint-Irénée du diocèse catholique de Lyon (France) : « Ce que nous avons appris de cette période très violente de l’histoire irakienne, c’est la volonté de daesh de détruire les hommes et leur patrimoine, c’est à dire détruire des civilisations jusqu’aux racines mêmes de leur existence. C’est pourquoi, en plus de l’aide aux personnes, la Fondation Saint-Irénée a souhaité prendre soin de leur patrimoine. C’est la raison de la création de Mesopotamia ».

 

Modérateur de conférence, le professeur Saad Salloum, a tenu à rappeler que « le patrimoine chrétien et yézidi n’est pas un souvenir, mais une réalité. Ce patrimoine est essentiel pour l’identité de l’Irak », sans oublier le patrimoine des autres composantes irakiennes, comme celui de l’importante communauté bahaï.

 

Dans son intervention, Monseigneur Louis Raphaël 1er Sako, cardinal, patriarche de Babylone des Chaldéens a souligné ce que les chrétiens ont offert aux musulmans, en terme de sagesse et de savoirs. Pourtant « ils sont devenus une minorité à cause du radicalisme islamiste et de la négligence des autorités irakiennes ».

Le patriarche a rappelé les origines du christianisme mésopotamien et notamment à Kokhé, au bord du Tigre, à 30 km au sud de Bagdad, dans le district de Al-Madaïn, où se trouvent les ruines de la première église patriarcale de l’église de l’Orient. « C’était à l’origine une église clandestine, une hutte faite de paille et de terre. Cette église s’est développée progressivement et devint un siège patriarcal jusqu’en l’an 780 date à laquelle le patriarcat de l’Eglise de l’Orient fut transféré à Bagdad ». Dans une forme de comparaison entre les temps anciens et les temps modernes, le patriarche chaldéen a partagé cette réflexion : « Aujourd’hui les gens émigrent vers les États-Unis. Autrefois, ils venaient en Mésopotamie ! »

Et le cardinal de lancer ce plaidoyer : « Notre patrimoine est une richesse aussi importante que le pétrole ! »

 

Succédant au patriarche, Pascale Warda, présidente de l’Organisation Hammurabi des Droits de l’Homme soutient que le patrimoine est la « façade de l’identité irakienne ».

Elle a souligné et développé cette évidence : « Le patrimoine est une partie intégrante des droits de l’homme » et doit être défendu comme tel.

Pascale Warda a également partagé une vision prospective : « On croit que le patrimoine c’est le passé et que le développement c’est l’avenir. En réalité, c’est la contraire : le patrimoine c’est le développement. Il y contribue ».

En conclusion de son propos, la présidente de Hammurabi s’est exclamée : « Si on ferme la porte au passé comment peut-on s’en inspirer pour construire l’avenir ? »

 

Narmin Ali Amin, archéologue, professeur à l’université Salaheddine d’Erbil, œuvre depuis 30 ans à la connaissance et la protection du patrimoine chrétien en Irak. Dans son intervention remarquable,  l’archéologue a partagé une grande inquiétude : « La législation en Irak n’assure pas la protection du patrimoine », ajoutant « quand on détruit le passé, on détruit l’identité ».

Narmin Ali Amin a lancé un vibrant appel : « Nous devons unifier et harmoniser nos efforts. Ce n’est pas seulement le travail des églises, c’est l’affaire de tous ».

L’archéologue et professeur a exprimé ainsi sa tristesse de voir que « malheureusement certaines restaurations ont abouti à des destructions stupides, comme à Rabban Hormizd et même à Mar Matta ». Narmin Ali Amin plaide pour le respect « des conventions et des méthodes scientifiques », arguant que « restaurer ce n’est pas pour aujourd’hui mais pour l’avenir. Il faut réhabiliter bien sûr, mais il faut respecter. Les églises ne sont pas que des pierres. Ce sont aussi des lieux où les hommes entrent en relation avec Dieu ».

Son plaidoyer s’est achevé sur cette pensée : « C’est le patrimoine qui fait l’homme ».

 

Shukur Khudur Murad al Dakhi, historien, écrivain et directeur du Centre Culturel et Social de Lalesh à Sinjar, est venu témoigner de la catastrophe vécue par les yézidis depuis 2014. Le représentant yézidi de Sinjar a commencé par dénoncer les diffamations qui frappent depuis des siècles les yézidis accusés par exemple « de faire boire du lait de chien aux nouveau-nés » !

Shukur Khudur Murad al Dakhi a souligné que les yézidis ont subi de nombreux génocides avant celui commis par daesh à Sinjar, et tout spécialement pendant la période ottomane. D’ailleurs,  « les yézidis du mont Sinjar, y compris dans mon village, ont eux-mêmes accueillis les chrétiens, pendant le génocide (en 1915-1917) ».  

Shukur Khudur Murad al Dakhi a tenu à évoquer les fondements théologiques du yézidisme : « Nous croyons en un Dieu unique. Nous prêchons la paix. Nous croyons que le corps est mortel mais que l’âme est immortelle ». Il a aussi rappelé que « le yézidisme est né en Mésopotamie ».

En ce qui concerne l’état du patrimoine yézidi de Sinjar, Shukur Khudur Murad al Dakhi a souligné que « la destruction de nos lieux de culte a pour but d’anéantir nos racines ».

5 ans après le génocide des yézidis du Mont Sinjar, Shukur Khudur Murad al Dakhi, regrette l’impossibilité de retourner. « Nous vivons toujours dans des camps. Moi-même je vis dans le camp de Zakho ». La plupart des 450 000 yézidis de Sinjar sont dispersés en Irak et en diaspora.


L’EXPOSITION

 

L’exposition « REGARDS SUR LE PATRIMOINE MONUMENTAL CHRÉTIEN ET YÉZIDI EN IRAK » est présentée depuis le 14 Octobre 2019 et jusqu’au 27 Octobre à l’Institut Français d’Irak (Abu Nawas : 102 – rue 55 – n°7 -Bagdad).

 

Cette exposition itinérante a été présentée en Irak à Qaraqosh (Avril 2019) et Erbil (Juin-Juillet 2019), Mar Matta (septembre 2019). Elle sera prochainement proposée à Bartella et Mossoul.

Hors d’Irak, cette exposition a déjà été présentée en avant-première à Lyon (Région Auvergne-Rhône-Alpes, avril 2019), à Beyrouth (Juillet 2019) dans le cadre des Journées Régionales de la Jeunesse.



PROPOSITIONS

 

Le 27 Juin 2019, dans le cadre de sa Journée d’Étude organisée à Erbil, l’association Mesopotamia a recueilli les propositions écrites des 150 participants. Ces propositions restent d’actualité.

 

À l’attention des communautés chrétiennes et yézidies :

  1. Mettre en place un protocole d’entente entre les deux communautés.
  2. Organiser des réunions conjointes pour échanger sur les affaires d’intérêt commun.
  3. Mettre en place des comités mixtes composés de jeunes, de femmes et de religieux, afin de développer des synergies et de parvenir à un discours unitaire.

 

À l’attention du gouvernement fédéral irakien et aux institutions civiles et religieuses compétentes :

  1. Créer une législation protectrice des minorités, spécifiquement chrétiennes et yézidies.
  2. Respecter les droits civils et patrimoniaux des minorités, singulièrement chrétiennes et yézidies (un travail de fond sur les manuels scolaires est considéré comme indispensable).
  3. Réaliser un inventaire de tous les mausolées yézidis détruits par daech dans l’ensemble de l’Irak (et pas seulement à Baashiqa et Bahzani).
  4. Mettre en place des moyens tangibles pour conserver (protéger) le patrimoine chrétien et yézidi en Irak, dans tous ses gouvernorats et notamment à Mossoul, mais aussi dans le Kurdistan.
  5. Reconstruire les monuments endommagés en employant des moyens et techniques adaptés respectueux des édifices.
  6. Prendre en compte le patrimoine civil (non cultuel) dans la conservation (protection) du patrimoine.
  7. Sensibiliser les jeunes, de plus en plus focalisés sur la migration, à la conservation (protection) patrimoniale.
  8. Promouvoir la réalisation d’expositions sur le patrimoine détruit et vandalisé par daesh.
  9. Créer un musée du patrimoine des minorités.
  10. Promouvoir une journée irakienne du patrimoine.

 

Ces propositions sont adressées par MESOPOTAMIA et son partenaire irakien HAMMURABI aux autorités, institutions et organisations civiles et religieuses compétentes, non seulement en Irak, mais aussi en France et au-delà.

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